Auteur :patrice
Châteaux de la Loire
France
Il y a des dizaines de châteaux autour de la vallée de la Loire et de ses affluents. Faute de temps, nous n’en avons exploré que trois : deux très célèbres et un moins connu.
Au retour de la bataille de Marignan qu’il avait brillamment remportée en 1515, François Ier décide la construction du château de Chambord sur des terres marécageuses, au bord de la rivière Cosson et au centre d’une forêt très giboyeuse, pour en faire « un grand, bel et somptueux édifice ». Un édifice qui doit lui permettre d’assouvir sa passion pour la chasse et surtout d’affirmer son pouvoir en Europe. C’est en quelque sorte l’édification d’un Versailles au XVIème siècle dédié à l’affirmation de la puissance royale. Fasciné et influencé par les arts et les artistes italiens, il fait construire un château dans le style Renaissance où se mêlent à la fois les influences françaises et italiennes. Il est probable que Léonard de Vinci (venu d’Italie en 1516 et mort en 1519 au château du Clos Lucé) a joué un rôle non négligeable dans l’élaboration du projet.
On peut aimer ou détester la géométrie parfaite de la construction autour d’un donjon aux quatre tours rondes, ses élancements maniérés qui créent une véritable forêt architecturale illisible, la froideur de son aspect compact, la démesure de la construction, l’inhabitabilité des espaces ; il faut cependant reconnaître qu’on est loin des châteaux-forts féodaux et qu’une architecture nouvelle est née.
Le 15 décembre 1539, reçu en grande pompe par François Ier alors que le château était encore en chantier, l’empereur Charles Quint fut si impressionné, qu’il qualifia le palais de son rival « d’abrégé de l’industrie humaine ».
Le deuxième château n’est pas un château royal, mais plutôt un manoir bourgeois dans lequel se trouve un musée consacré à Honoré de Balzac. Celui-ci y faisait des séjours réguliers, invité par Jean de Margonne, le propriétaire des lieux et un proche de la famille Balzac. Il venait se ressourcer dans sa Touraine natale, y fuyait ses créanciers parisiens, y trouvait une atmosphère et un bien-être qui lui permirent d’écrire quelques-uns de ses plus beaux romans, entre autres « La peau de chagrin », « Le lys dans la vallée », « Le père Goriot » ou « Les illusions perdues ».
Le château de Chenonceau, on le nomme « le château des Dames », puisque ce sont des femmes qui ont présidé à sa construction et à son évolution. Comme Chambord, il est lié étroitement à l’Histoire de France : François 1er l’a acquis, mais s’en est désintéressé, Henri II, son fils, l’a donné à sa favorite, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, l’épouse d’Henri II, l’en a chassée et y a organisé des fêtes somptueuses pour servir ses intérêts, Louise de Lorraine, épouse d’Henri III l’a occupé…
Il a été construit sur la rive gauche du Cher au début du XVIème siècle par Katherine Briçonnet, issue de la noblesse tourangelle et d’une famille de grands financiers, à la place d’un moulin et d’un château médiéval qui ont été détruits.
On se le représente toujours avec ses galeries qui enjambent le Cher ; mais ça n’a pas toujours été le cas. Longtemps, le château est resté sur la rive gauche du fleuve. Le pont n’a été construit par Diane de Poitiers qu’en 1556-59 et les deux galeries édifiées sur le pont par Catherine de Médicis beaucoup plus tard.
Louise de Lorraine « la Dame blanche de Chenonceau », épouse du roi Henri III fort éprise de son mari assassiné par le dominicain Jacques Clément, fanatique religieux qui voulait le punir de l’assassinat du duc de Guise, l’a longtemps habité après la mort d’Henri III, et elle l’a transformé en véritable sanctuaire.
Santa Cruz de La Palma
Canaries - Espagne
Ne pas confondre Santa Cruz de La Palma avec Santa Cruz de Tenerife ou avec Las Palmas sur l’île de Gran Canaria.
Coincée sur un bord de mer étroit, c’est probablement la ville la plus pittoresque des Canaries, avec ses maisons de caractère colorées, son front de mer et sa plage de sable noir, ses collines environnantes et leurs abrupts qui permettent de découvrir un panorama à couper le souffle, ses rues pavées… Le long du rivage, il n’y a que trois rues commerçantes parallèles qui s’étendent sur un peu plus d’un kilomètre jusqu’au musée naval du bateau de la Vierge et rivalisent d’ingéniosité architecturale.
Alhéna a trouvé sa place dans le port de plaisance géré par les Calero marinas (marinas de Puerto Calero et de Lanzarote, marina de Jandia sur Fuerteventura). Il est heureusement situé au vent du port de commerce et des fumées des paquebots et des ferrys. Avant d’entrer dans le bassin de commerce, il faut demander l’autorisation à la Palma traffic control authority sur le canal 6, longer les bouées situées à l’ouest du bassin et s’annoncer auprès de la capitainerie du port de plaisance sur le canal 9 pour obtenirl’ouverture de la porte. Le ponton de réception se trouve en face de la porte.
Toutefois, un amarrage rigoureux est nécessaire : la marée monte et communique avec le port par des cavités dans le môle sud, ce qui crée d’intenses tourbillons à certains moments de la journée. La porte qui ferme le port n’y peut rien ; c’est la conception de l’ensemble qui doit être revue. Par vent du sud, c’est pire : un mouvement pendulaire s’installe, les pontons et les bateaux dansent, et il arrive que les catways cèdent. En revanche, les marineros semblent plus efficaces que dans les autres marinas.
Autrement, la marina, située au centre-ville, est agréable, on dispose d’une piscine au Club nautique et l’ambiance est très éloignée des parkings à bateaux qu’on trouve ailleurs. Prix très intéressants par rapport aux autres marinas canariennes : 3 955 € pour un séjour de 8 mois 1/2 (bateau de 42 pieds). Un shipchandler est présent à proximité. Il possède une autre boutique à Los Llanos de Aridane, de l’autre côté de l’île, mais il ne faut pas en attendre des miracles !
+ Voir également l’article précédent sur l’île volcanique de La Palma.
L'île volcanique de La Palma
Canaries - Espagne
La Palma, « la isla bonita » (la belle île), disent les Espagnols, est située au NW de l’archipel des îles Canaries : d’une longueur d’environ 45 km, montagneuse et volcanique, comme toutes les Canaries et toutes les îles de l’Atlantique, elle est en forme de triangle allongé pointe en bas et, en majeure partie, couverte de forêts. Ce qui est particulièrement impressionnant, c’est qu’autour de La Palma il y a des fonds marins de 4000 m et que le sommet le plus élevé (Roque de Los Muchachos) atteint 2426 m au-dessus de la surface de la mer.
Le risque de glissement dans l’Atlantique d’une partie du Cumbre vieja, du fait des structures différentes des deux principaux massifs volcaniques qui pourrait créer dans 10 ou dans 100 000 ans un tsunami géant sur les côtes américaines et européennes, est réel, mais les scientifiques ne sont pas unanimes sur les conséquences du cataclysme.
Nous avons pu observer deux phénomènes volcaniques dignes d’intérêt : le premier, très ancien, la caldera de Taburiente ; le second, très récent, la naissance du volcan Tajogaite sur la face ouest du massif volcanique Cumbre vieja.
La caldera de Taburiente et son enceinte de pics sont les restes d’un stratovolcan effondré. Créé en 1954, le Parc national est un espace qui invite à découvrir un autre univers : depuis les pics, situés à près de 2 500 m d’altitude et accessibles en voiture par la très sinueuse LP-4 en direction de Los Alamos, les visiteurs peuvent profiter des superbes panoramas habituellement réservés aux alpinistes. À cela s’ajoutent la floraison spectaculaire de certaines espèces uniques et les roches volcaniques aux couleurs variées. On peut aussi y accéder par la LP-302 au sud de la caldera : El Paso, la carretera de la Cumbrecita qui mène au mirador du même nom, à condition de s’être fait enregistrer auparavant. Pas toujours simple avec les incendies de forêt l’été et la capacité limitée du mirador l’hiver.
Un chemin descend dans la caldera, mais il est très abrupt. Nous sommes restés sur les hauteurs, à proximité du mirador de la Cumbrecita. L’ermitage de la Vierge au Pin (Ermita Virgen del Pino) a été construit auprès d’un pin qui doit être âgé de 800 ans. Selon la légende locale, une petite image de la Vierge Marie a été découverte dans les branches de l’arbre vers les années 1490 par des soldats, donnant son nom au lieu.
Le Cumbre vieja (1944 m) n’est pas seulement un volcan ; c’est l’épine dorsale de La Palma. Pendant des décennies, il a dormi paisiblement, montrant sa crête silencieuse de forêts de pins et de cratères anciens. En septembre 2021, il s’est réveillé avec une violence qui a captivé le monde. Pendant 85 jours, une nouvelle fissure (appelée aujourd’hui volcan Tajogaite) a craché des rivières de lave, remodelant la géographie de l’île, détruisant des milliers de maisons et créant une nouvelle péninsule dans l’océan Atlantique. Cet événement a été l’éruption la plus longue et la plus dommageable de l’histoire de La Palma, comme un rappel brutal de la puissance géologique brute qui a formé cet archipel.
Des fumerolles s’échappent constamment du Tajogaite, mais on peut l’observer en contrebas. Inutile de dire qu’il est sous haute surveillance… Les Canariens ont déjà reconstruit en grande partie les espaces conquis par les coulées de lave et ne s’inquiètent pas trop d’une autre éruption.
Nous étions déjà venus à Tazacorte, marina située à l’ouest de l’île, en 2015 pour le carénage de Mindelo avant notre précédente transat. La marina est belle et sûre avec son énorme double mur qui la protège des assauts des déferlantes de l’Atlantique. Deux inconvénients de taille : le prix élevé et la situation à l’écart de tout, sauf du village de Tazacorte et de ses restaurants ; sans compter la proximité du volcan et la dangerosité des baignades sur une plage où les vagues sont puissantes.
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La Gomera - Valle Gran Rey
Canaries - Espagne
Située à l’ouest de l’île de La Gomera, la petite ville de Valle Gran Rey a été colonisée par les Allemands il y a de cela longtemps. L’ex-chancelière Angela Merkel venait déjà y passer ses vacances avec ses parents lorsqu’elle était jeune. Quand vous entrez dans une boutique ou un café, ne vous embarrassez pas de votre espagnol balbutiant, on vous adresse la parole en allemand. D’ailleurs, la plupart des commerces sont aux mains de nos voisins d’Outre-Rhin. Quand un Allemand s’installe dans un bel endroit, il en parle et la colonie se forme irrémédiablement. C’est ainsi que de nombreux lieux touristiques sont devenus des territoires annexés par Berlin.
Quand j’en parle avec eux, ils me répondent : l’Allemagne n’a pas de TOM-DOM, ce qui est vrai, alors elle compense par une occupation touristique, économique et financière, ce qui, dans un premier temps, a ravi les locaux avant qu’un rétropédalage ne s’amorce un peu partout. Pour le moment, pas trop encore à Valle Gran Rey.
La Gomera a longtemps été une terre de tribus où des chefs se répartissaient le territoire à grand renfort d’alliances. L’un d’entre eux avait le titre de « grand roi » de l’île et c’est ainsi que la ville de « Valle Gran Rey » (Vallée du Grand Roi) aurait été baptisé. Il est vrai aussi que c’est la vallée la plus ouverte de La Gomera quand de nombreux barrancos (des ravines étroites), par où l’eau des torrents ruisselle par forte pluie du plateau de Garajonay (altitude 1484 m), strient et déchiquettent la côte de l’île.
Valle Gran Rey est une bourgade agréable malgré une petite plage toujours bondée mais protégée des rouleaux par une barrière rocheuse. Le front de mer et le vieux village, dominés par d’impressionnantes falaises, offrent de bons restaurants et ce qu’il faut pour passer d’agréables vacances.
Nous y avons subi des vents très violents, jusqu’à 66 nds au compteur, car l’alizé, qui était au mieux de sa forme, soufflait du nord le long de la côte occidentale et, en outre, traversait l’île en empruntant les multiples failles du relief et de la côte ; les flux d’air nous tombaient dessus dans des tourbillons puissants formés par le relief. Le pire arriva au début de la nuit avec un embarras de chaîne de deux bateaux mouillés à proximité qui nous obligea également à relever notre ancre, car l’un d’entre eux s’était confortablement installé en déroulant une longueur de chaîne invraisemblable…
Nous avons tourné en rond un temps dans la nuit et, craignant de remouiller au milieu des fortes rafales, nous avons préféré quitter les lieux et nous sommes dirigés vers le sud de l’île. Sortis de la baie, nous avons constaté que le vent ne passait plus, mais nous avons attendu l’aube pour mouiller dans la cala Cantera, étrangement protégée des rafales furieuses ; puis, le vent déclinant, nous avons pu mouiller derrière la Roca de Iguala à l’entrée de la baie de Valle Gran Rey avant de mettre le cap le jour suivant sur l’île de La Palma à quelque 40 MN au NW.
Avant le gros coup de vent, nous avons pu parcourir le sud-ouest de l’île en louant des vélos électriques. Le loueur allemand nous a conduit dans les hauteurs du côté de Arure avec son pick-up, car nous aurions déchargé nos batteries presque complètement lors d’une ascension particulièrement abrupte. Manque de chance, la vue n’était pas dégagée, faute à la calima (vent d’est qui transporte du sable saharien), et nous n’avons pas pu jouir pleinement des paysages grandioses de La Gomera. Toutefois, en longeant le parc naturel de Garajonay, nous avons pu aller jusqu’à la forteresse de Chipude, un monument naturel, unique par son emplacement, ses vues et ses origines lointaines, que l’on peut observer depuis pratiquement n’importe quel point du sud de l’île. L’érosion et le passage du temps ont révélé un plateau presque parfait qui s’élève à 1 243 mètres au-dessus du niveau de la mer et qui est accessible par un sentier menant à son sommet.
Tenerife, côtes orientale et occidentale - Garachico
Canaries - Espagne
Santa Cruz de Tenerife est la capitale de l’île du même nom, mais aussi le chef-lieu de la province des Canaries orientales englobant les 4 îles de Tenerife, de la Gomera, de la Palma et d’El Hierro. Santa Cruz est également la capitale de la communauté autonome des Canaries (en alternance avec la capitale de la province occidentale Las Palmas).
Voir nos précédents reportages sur la ville de Santa Cruz et les facilités, entre autres.
Cette fois, il fallait faire réviser notre survie Seasafe. La bonne adresse se trouve au NW de la ville : LM Gasmarine – Calle Tijarafe, Nave 3 bajo, P.I. Los Majuelos 38108 LA LAGUNA – Tel : (+34) 922 31 50 36
sauf que les techniciens se sont conformés à l’ancienne réglementation espagnole ou à celle qui concerne les bateaux de tourisme et que leur révision n’était valide que pour une année (au lieu de 3 en France). J’aurais dû me méfier, à Recife au Brésil, ils m’ont fait le même coup ! Après intervention de Seasafe France sur ma demande, tout est rentré dans l’ordre. Le marché de la sécurité est extrêmement juteux en Espagne, puisque même les gilets de sauvetage et les extincteurs de bord font l’objet d’un passage régulier en atelier.
Ce qui est désolant dans la marina de Santa Cruz, c’est que les paquebots et les ferrys accostent dans le bassin au nord-est de la marina et que l’alizé transporte leurs fumées grasses et noires à longueur de journée et de nuit vers le port de plaisance. L’état des bateaux de plaisance, notamment ceux qui se trouvent contre le terre-plein nord, est absolument déplorable après quelques jours et le décrassage exige de l’huile de coude ! Sans compter les poumons des navigateurs… Ajoutez à cela que les croisiéristes qui passent sur le quai au-dessus de nous ont une vue plongeante sur les voiliers amarrés.
Les Marseillais, qui ont beaucoup râlé contre les rejets des paquebots, ont trouvé la parade. Mais les Canariens ne sont pas sensibilisés à cette question pourtant vitale.
Quand le vent souffle sur la côte orientale de Tenerife, c’est le plus souvent l’alizé (NE), mais, lorsque l’anticyclone des Açores part dans les brumes du nord, ça peut être un vent du sud généré par une dépression. Comme les deux ont alterné à intervalles rapprochés, nous avons trouvé refuge au nord ou au sud de la baie d’Abona ou bien derrière la digue du port de commerce pratiquement désert de San Miguel de Abona ou encore derrière la montaña Roja.
Pour finir, un régulateur électrique défaillant nous a poussés vers la marina Amarilla à quelques mille de la pointe SE de l’île de Tenerife. La marina est construite autour d’un golf et d’un ensemble résidentiel, et les prix sont convenables. L’inconvénient est qu’on est loin de tout.
Après avoir loué une voiture [évitez de passer par le bureau de la marina, car pour un prix assez élevé vous aurez droit à une voiture vieillotte], nous sommes allés au Leroy Merlin d’Adeje et en avons profité nous promener dans Los Cristianos, la ville portuaire qui accueille la plupart des ferrys venant des îles alentour, et sur la Costa Adeje, zone résidentielle et touristique peu attrayante. Puis nous avons poussé par des routes improbables, au-dessus desquelles le Teide élève sa cime enneigée, jusqu’à Garachico au NW de l’île, dont la marina ne nous avait pas répondu favorablement.
Garachico, quoique parfois plongé dans l’humidité d’un brouillard océanique, vaut le détour. C’est une ravissante petite bourgade située en contrebas d’une immense falaise, merveilleusement aménagée (voir photos), où les vagues de l’Atlantique déferlent furieusement. Excellent déjeuner au restaurant Los Pinos.
Lacs de Neuchâtel et de Bienne
Suisse
En réalité, nous avons bien davantage fréquenté le lac de Neuchâtel, qui était proche de notre hébergement, que le lac de Bienne (Biel), où nous n’avons passé qu’une journée, par temps maussade d’ailleurs, ce qui fait que la ville et le lac nous ont paru beaucoup plus ternes et moins souriants que nos autres destinations ― je dirai même d’un autre temps.
À Bienne, on trouve les bâtiments du siège social de Swatch, célèbre producteur de montres de fantaisie à prix raisonnable vendues dans le monde entier ; mais, à l’heure où les Chinois captent tous les marchés, l’entreprise souffre.
Neuchâtel, nous y sommes allés le deuxième jour et, à peine arrivés, nous avons essuyé un terrible orage, alors que nous étions en terrasse, assis devant un plat, avec des auvents qui prenaient l’eau de partout, ce qui fait qu’à la première éclaircie nous avons enfourché nos montures, sommes repartis comme des voleurs et ne nous sommes plus risqués sur la rive occidentale du lac, plus éloignée de notre logis.
Restent de beaux lieux : la plage de Cudrefin, les pistes cyclables au bord du lac, sur les collines, à travers les vignobles ou les bois, parfaitement aménagées, Estavayer-le-lac, son château, la vieille ville, Yverdon-les-bains à l’extrémité occidentale du lac, le canal de la Broye qui relie les trois lacs…
Le Lac de Morat (Murtensee)
Suisse
Moins de 10 km de long pour 3 de large, le lac de Morat (en allemand Murtensee) est situé au sud-est du lac de Neuchâtel, beaucoup plus vaste, et séparé de lui par les collines du Mont Vully. Il est alimenté par la Broye, rivière qui sert d’artère régulatrice entre les trois lacs (le lac de Morat, le lac de Neuchâtel et le lac de Bienne).
Comme notre logement se trouvait à Bellerive, entre les deux lacs de Morat et de Neuchâtel, nous pouvions facilement descendre soit vers l’un, soit vers l’autre ; mais il valait mieux disposer d’un vélo à assistance électrique, car les pentes sont assez abruptes.
Le lac de Morat se trouve au confluent de quatre cantons : le canton de Vaud, le canton de Fribourg, le canton de Neuchâtel et le canton de Berne, quoiqu’il n’appartienne qu’aux deux premiers. Napoléon, qui se mêlait de tout, a intégré la ville de Morat au canton de Fribourg. On parle schwytzerdütsch à Morat (Murten), mais dans les villages alentour on parle le français.
Curieusement, ce lieu, inconnu de presque tout le monde, a joué un rôle important dans l’histoire de France et dans l’histoire de la Confédération. En fait, la bataille de Morat (suivant la défaite de Grandson), livrée par Charles le Téméraire en 1476 aux Confédérés suisses, a décidé de la chute du duc de Bourgogne, puisque, peu de temps après, le Téméraire, disposant d’une armée fortement diminuée par l’hécatombe de Morat, tombait dans les étangs gelés de Nancy en essayant de reconquérir le duché de Lorraine. Louis XI, qui n’avait cessé de travailler en sous-main à déstabiliser cet état mosaïque, négocia, dans les années qui suivirent sa mort, la cession de l’opulente Bourgogne aux riches abbayes auprès de l’empereur d’Autriche (qui avait épousé Marie, la fille du duc) et l’intégra au royaume de France.
Les randonneurs à vélo que nous sommes ont apprécié les nombreux chemins en bon état, souvent goudronnés, qui permettent d’aller d’un lac à l’autre et de sillonner les collines. Le mont Vully, une colline qui culmine à 651 m d’altitude au nord du lac, mérite le détour pour son panorama unique sur les Alpes, le Jura et les trois lacs qui l’entourent, ainsi que pour son vignoble.
Arrecife en fête et l'île de Lobos
Espagne
Les Espagnols fêtent énormément et, comme les Français, ils adorent les ponts. Voilà pourquoi ils commencent tôt, dès le 6 décembre (le 6 décembre 1978, l’Espagne ratifiait par référendum la Constitution de la toute jeune démocratie ; 15 millions d’Espagnols ont voté « oui », représentant 87,87% des voix) et la période de fête s’étend dans le temps aussi loin que possible.
À Arrecife, on s’est donné beaucoup de peine pour illuminer la marina et la ville. Les paquebots qui sont nombreux à s’y arrêter n’y sont pas pour rien.
La RORC Transatlantic Race (régate transatlantique organisée par le RORC, Royal Ocean Racing Club) part d’Arrecife et arrive à Antigua, île des Caraïbes au nord de la Guadeloupe. De nombreux voiliers affûtés sont sur la ligne de départ et occupent la marina de Lanzarote.
Des raisons de santé nous ont conduits à limiter nos navigations hivernales à deux séjours au sud de l’île de Lobos située au nord de Fuerteventura à une vingtaine de milles d’Arrecife. Le mouillage sur fond de sable est agréable par vent de nord-nord-est (l’alizé), mais, par vent latéral d’est ou d’ouest, il peut devenir désagréable, car les vagues qui peuvent venir de loin s’engouffrent dans un détroit séparant les deux îles.
Des bouées sont utilisables le soir après le départ des bateaux de tourisme. Au mois de janvier, nous nous sommes retrouvés seuls au mouillage.
Le Lac de Côme
Italie
À l’embarcadère de Cernobbio :
― Nous voudrions aller à Torno [de l’autre côté du lac].
― À Torno il n’y a rien à voir, nous répond gentiment l’employé en bon français.
― C’est juste pour faire le tour du lac à bicyclette.
― Pour embarquer des vélos, je dois demander au capitaine 5 mn avant qu’il n’arrive.
― Très bien. Le prochain bateau pour Torno passe dans 10 mn [il était annoncé sur le panneau électronique].
― Non, celui-là ne va pas à Torno…
Tout ça pour dire que le lac de Côme n’est pas la Hollande ! Les vélos ne sont pas les bienvenus à bord des bateaux qui sillonnent le lac et les routes sont très étroites et extrêmement dangereuses pour les cyclistes qui sont serrés par les voitures le long de pans de mur abrupts ou dans les ruelles des villages. D’ailleurs, aucun Italien ne fait de vélo et nous dérangeons l’interminable file de SUV suisses ou milanais, dont les conducteurs considèrent qu’un vélo n’a rien à faire sur « leur » route.
Le 31 mars 2023, le sénateur Alberto Losacco a déposé le projet de loi « Michele Scarponi » concernant la distance de dépassement d’un cycliste, en hommage au coureur professionnel vainqueur du Tour d’Italie décédé en 2017 sous les roues d’un camion. Il semblerait que le gouvernement Meloni ait d’autres chats à fouetter…
Ces considérations, ajoutées au fait que les bateaux rapides ne circulaient plus pour cause d’accumulation de troncs dans le lac et que les bateaux « normaux » mettaient 5 heures pour faire un AR entre Cernobbio et Bellaghio (soit moins de la moitié du lac), ont malheureusement limité nos pérégrinations dans la région.
Autrement, les paysages du lac de Côme sont somptueux. Les flancs des montagnes plongent dans l’eau du lac et offrent dans toutes les échancrures de la rive un espace, souvent très étroit, où sont installés des villages aux mille et une villas, qui grimpent toujours plus vers les cimes des hautes collines abruptes et verdoyantes. Quand on emprunte une de ces petites routes qui montent à l’assaut des pans de montagne, on a accès à de magnifiques points de vue, mais faut appuyer sur les pédales, même avec avec un vélo à assistance électrique.
D’une longueur de 45 km, le lac de Côme est fréquenté depuis l’époque romaine ; c’est dire qu’il a une longue tradition touristique. Liszt (qui a dédié une pièce musicale aux jardins de la villa d’Este), Bellini, Stendhal, Churchill, Adenauer et beaucoup d’autres ne manquaient pas d’y venir passer leurs vacances dans l’une des prestigieuses villas où ils étaient invités. En forme d’i-grec inversé, le lac se divise en deux branches à Bellaghio, l’une abritant Côme, l’autre Lecco.
Nous étions logés à Carrate Urio, sur la rive ouest, à 11 km de Côme. Il y avait un petit café restaurant très sympa, la caffetteria Aurora, où nous buvions une bière ou mangions parfois des lasagnes. Le samedi, spectacle musical avec guitariste et chanteuse. Mais la proximité de l’église et le vacarme assourdissant des cloches n’autorisaient ni un repos matinal ni une sieste.
Côme est en pleins travaux : le bord de mer est en cours de réaménagement, on y observe de chaque côté de nouvelles promenades pavées pour piétons et cyclistes, autant dire que, par forte affluence touristique, le vélo y est une fois encore inutilisable.
En allant vers le nord, nous traversions les villages pittoresques de Carrate Urio, Laglio, Brienno, Argegno, Colonno, Sala Comacina, Tramazzo… jusqu’à Menaggio. À Laglio la villa de George Clooney, qui a dû acheter la villa contigüe pour y loger ses amis (Brat Pitt et consorts) et faire obstacle aux paparazzis. Enfin, si ça vous dit, elle serait en vente.
L’été, il y fait très chaud (il vaut mieux choisir une autre saison), car le lac, encastré dans sa vallée glaciaire, n’est parcouru par aucune risée qui annonce un souffle d’air. Pourtant, l’eau du lac est agitée en permanence, faute aux innombrables vedettes qui le parcourent sans épargner la manette des gaz.
Las Palmas et Ténérife nord
Espagne
Las Palmas, le plus grand port, la plus grande ville des Canaries (378 000 hbts), la plus cosmopolite est, de par sa position centrale, une étape incontournable. Mais, même lorsqu’on évite la période de l’ARC (voir notre précédent reportage en 2015), il n’est pas facile d’obtenir une place dans la marina ; il faut souvent purger une peine d’une semaine au mouillage. Je dis « purger une peine », car, par vent et houle de SE, le mouillage par 10 ou 12 m de fond au large de la plage de Alcaravaneras est très inconfortable (les places devant la plage sont évidemment squattées durant toute la saison par des indéracinables) ; à l’aller et au retour, nous avons eu droit à ces dépressions qui circulent sur Madère quand l’Europe a confisqué l’anticyclone et envoient du vent du sud assez fort sur les Canaries et une houle qui atteint 1,5 m au mouillage ; donc, vaut mieux être bien accroché.
D’ailleurs, même dans la marina on est secoué par cette houle entrante. Certes, la grande digue a été allongée vers le sud, mais le tronçon supplémentaire est plus utile au déchargement des porte-conteneurs qu’à la protection de la marina.
Autrement, la marina est agréable, le personnel administratif fait de son mieux pour satisfaire les plaisanciers de passage et les tarifs sont très bon marché (environ 17,50 € pour un 42 pds, eau et électricité incluses). On paie toutefois quelques euros pour chaque jour passé à l’ancre. J’ai eu l’impression que la marina accueillait toujours plus de bateaux à moteur et de vedettes appartenant aux nombreux étrangers (beaucoup d’Allemands) émigrés à Las Palmas, ce qui limite la place accordée aux bateaux de passage.
Santa Cruz de Ténérife, c’est nettement plus cher (30 € pour un 42 pds séjournant moins de 15 jours). Normal, c’est une concession de l’état espagnol à une société privée. Le front de mer est magnifique ; il a été complètement remodelé depuis une douzaine d’années, mais la marina ne s’est pas beaucoup transformée et, là aussi, la houle du sud se fait sentir.
Pour des travaux électriques, j’ai eu recours à Kriss (tél. +34 644 38 87 74) ; il a son bateau sur le ponton 2 et il m’a fait un excellent travail. Nordest (Danilo Origgi), calle la Rosa 36, est le shipchandler de référence, qui peut fournir ou commander l’essentiel du matériel nécessaire à un voilier.
Le carénage a été réalisé par le Varaderos Anaga à la Darsena pesquera, quelques milles au nord de Santa Cruz. Bon travail, sauf qu’il vaut mieux acheter son antifouling chez Nordest, car la société sœur d’Anaga « Spinnaker », qui a également une shipchandlery à Santa Cruz, facture l’antifouling à un prix faramineux, le double du prix pratiqué par SVB. On peut aussi, sous certaines conditions, effectuer son carénage soi-même et demeurer à bord.
J’ai aussi demandé par curiosité les tarifs de la grande marina de la Darsena pesquera. Pour un 42 pds et une durée de 9 mois, on atteint la somme exorbitante de 8 000 € !!! Invraisemblable !
Pour ne pas subir les inconvénients du chantier, nous avons loué un petit studio à San Andrés, à un km au nord. C’est une petite bourgade de bord de mer très agréable, coincée entre l’océan et les montaňas de Anaga et pourvue d’une très belle plage, la plage de San Teresitas. Les ruelles qui montent vers les collines aux pentes abruptes alentour offrent un panorama extraordinaire.
Les îles de Lanzarote et de la Graciosa
Espagne
Nous avons déjà pas mal évoqué ces deux îles qui nous plaisent énormément. Nous en dirons encore quelques mots, puisque Alhéna passe sa seconde année dans la marina dite de Lanzarote à Arrecife, tandis que Mindelo a passé près de 3 ans entre 2011 et 2015 à La Graciosa.
Il faut dire que nous ne nous en lassons pas. C’est un très beau bassin de navigation (8 îles), il y a une liaison aérienne directe avec Strasbourg, il fait chaud l’hiver, la marina est bien abritée et, en dehors des allées et venues des paquebots de croisière qui déversent leurs flots de passagers tôt le matin et les reprennent le soir pour les déposer sur l’île voisine, la pression touristique y est moindre qu’à Gran Canaria ou à Tenerife, surtout au printemps lorsque nous sommes de retour de croisière.
C’est peut-être aussi que Lanzarote fut conquise en 1402 par Jean de Béthencourt, un seigneur normand. L’expédition avait pour but la conquête, l’évangélisation et le peuplement, avec des colons normands, des îles Canaries. Les Normands ont été bien reçus par les indigènes de Lanzarote auxquels ils ont promis d’éviter le commerce d’esclaves. Comme souvent, les dissensions entre les conquérants ont eu raison des bonnes intentions et le roi de Castille en a bénéficié.
Pour en savoir plus : c’est ici. Le patronyme Betancort est d’ailleurs très répandu à Lanzarote.
Nous n’étions pas encore allés au Mirador del Rio sur les Riscos de Famara, ces falaises de lave noire abruptes qui culminent à 670 m, bordent le Rio entre les deux îles et dominent l’île de la Graciosa ; pas non plus aux Jameos del Agua, ces grottes souterraines communiquant avec la mer au NE de l’île. C’est chose faite. César Manrique, célèbre peintre et sculpteur multidisciplinaire né et mort à Lanzarote, a aménagé ces deux sites qui sont devenus des hauts lieux du tourisme.
La Graciosa est encore plus tranquille, malgré le ballet des ferrys entre Orzola (au nord de Lanzarote) et la Caleta de Sebo. Au mois de février, le port de plaisance offre pas mal de places, mais il vaut mieux passer par le site https://puertoscanarios.es/ pour réserver son séjour, car on peut toujours s’entendre avec l’officier de port, mais, s’il n’est pas là, les vigiles sont intraitables. Un ponton d’accueil se trouve à l’entrée du port du côté nord.
Les rues sont toujours couvertes de sable, mais on a commencé à bétonner ici et là et ― rançon du succès touristique ― les 4X4 sont devenus plus nombreux. Mieux vaut ne pas chercher à acquérir une petite maison de vacances à la Graciosa ; les prix sont inimaginables ! D’ailleurs, la bourgade de la Caleta de Sebo est littéralement couverte de VV (viviendas vacacionales), des logements de vacances destinés à la location et possédés souvent par des sociétés étrangères aux Canaries, qui rachètent tous les terrains vacants.
Dans cet ancien village de pêcheurs, il n’y a plus guère de pêcheurs. Aujourd’hui, tout est axé sur le bizness touristique et les allées et venues des ferrys rythment la vie de l’île. Il est à craindre que, comme d’autres endroits magnifique de la planète, la Graciosa y perde vite son âme et qu’on y vive plus que pour l’exploitation touristique.
Le port de pêche et de plaisance, construit dans les années 1990-2000 grâce aux subsides de l’Union européenne, est surtout encombré de ferrys, de catamarans de tourisme, de bateaux de promenade et d’embarcations de plaisance (beaucoup moins nombreux toutefois qu’il y a 15 ans du fait de la concurrence de la marina de Lanzarote, qui offre un abri mieux aménagé). Un parc maritime protégé couvrant 70700 ha et plusieurs îlets rocheux alentour, le parc naturel de l’archipel de Chinijo, sert de réserve de biosphère, lieu consacré à la conservation de la biodiversité et au développement durable.
Bonn : la maison natale de Beethoven
Allemagne
Au numéro 20 de la Bonngasse à Bonn se trouve la maison natale de Beethoven. Il a passé la plus grande partie de sa vie à Vienne et c’est en Autriche qu’il a créé ses plus grands succès, mais il a passé toute sa jeunesse dans la vallée du Rhin.
Sa mère, Maria Magdalelena Keverich, est d’ailleurs de Coblence et la maison natale de celle-ci a été également préservée. Elle y décéda de tuberculose en 1787, alors que le jeune Ludwig n’avait que 17 ans et en fut désespéré, d’autant que, son père sombrant dans l’alcoolisme, il dut assurer la subsistance de ses jeunes frères.
Coblence
Allemagne
La cité de Coblence (Koblenz) se situe au confluent du Rhin et de la Moselle et tire son nom du confluent. Le lieu a toujours été habité depuis l‘âge de pierre.
En juin 1791, le futur Louis XVIII parvient à gagner Coblence, capitale de l’électorat de Trêves, où il est logé par l’un de ses oncles. Il n’y restera qu’un an, du fait de l’avancée des armées révolutionnaires.
La ville a été conçue pour le vélo : il y a des pistes cyclables dans toutes les directions, en particulier le long des deux grands fleuves. Les coteaux sur la rive méridionale de la Moselle sont plantés de vignes et produisent essentiellement du vin blanc (Riesling, etc.). Nous étions logés à Güls, quartier sud de Coblence, dans un studio situé dans une rue proche du fleuve, à deux pas de la boutique d’un viticulteur.
Le Laacher See, où nous sommes allés à bicyclette, est un lac de cratère (caldera) situé dans l’Eifel à 25 km de Coblence. La dernière éruption s’est produite il y a 13 000 ans et le volcan a repris une activité sismique en 2018.
Arrecife sur l'île de Lanzarote
Espagne
Alhéna va passer une grande partie de l’année à la marina de Lanzarote à Arrecife. C’est l’occasion de dire quelques mots de cette ville, ainsi nommée du fait de la bordure de récifs qui la ceint.
Nous venons à Arrecife depuis 2011, mais je ne lui ai consacré aucune ligne. La ville me semblait terne et ne me parlait pas vraiment. Aujourd’hui, notamment avec la création d’une marina moderne dans l’ancien cloaque de Naos en 2014, la modernisation de la ville avec l’ouverture de nouvelles rues, la mise en valeur urbanistique du Charco (le lagon) de San Ginés et les nombreuses promenades qui mènent de Naos à la plage del Reducto, les choses ont bien changé. D’ailleurs, Arrecife est devenu le second port de croisière des Canaries.
La marina de Lanzarote est, avec Puerto Calero et la marina de Rubicón, une marina très prisée des navigateurs, qui débarquent ici, passablement harassés pour les néophytes, après 5 à 7 jours de navigation en haute mer dans la houle d’alizé. Elle est spacieuse, les pontons sont larges et en bon état et les prix modérés. Tanja et les marineros veillent à l’accueil des plaisanciers et les formalités sont assez rapides. Et puis, sous cette latitude, le soleil rend les hivers plus supportables, surtout quand le centre de l’anticyclone est à proximité…
Cesar Manrique, peintre et sculpteur de renommée internationale, ami de Picasso, a beaucoup fait pour donner à l’île de Lanzarote un cachet artistique des plus novateurs, en particulier en créant le musée d’art contemporain dans le fort de San José. Mais peu nombreux sont les quartiers qui n’ont pas de statue ou d’œuvre d’art comme ornement.
À noter la statue sur le rond-point juste avant la passerelle de la marina : une sculpture représentant le pêcheur décrit par Hemingway dans « Le vieil homme et la mer », un roman que tout le monde a lu, ce combat entre un vieux pêcheur et un marlin, le courage, la dignité, la force de la nature… Cet homme (Santiago) était probablement Gregorio Fuentes ; il est né en 1897 dans le quartier San Ginés à Arrecife et émigra à Cuba où il rencontra Hemingway.
À voir : la marina moderne, bien aménagée ; l’église San Ginés, la place de Las Palmas, le Charco (le lagon, l’étang) de San Ginés relié à la mer et le quartier des pêcheurs ; la grand-rue commerçante León y Castillo ; le fort San Gabriel, la façade maritime et les digues pavées de l’ancien port qui offrent un autre point de vue sur la ville ; les promenades de bord de mer, le parc des Îles Canaries et la plage del Reducto, bien protégée par l’îlot Fermina ; le fort de San José, devenu musée d’art contemporain…
On trouve 4 ou 5 restaurants le long de la marina, beaucoup plus autour du Charco de San Ginés, où les spécialités tournent autour des produits de la pêche. Le Carbón sert un excellent chateaubriand. Pour l’approvisionnement, nous préférons le Mercadona (personnel souriant, locaux soignés, choix de produits) aux Hyperdino à 20 mn à pied sur l’autre rive du Naos. Le Lidl (30 mn de marche en montant) est aussi digne d’intérêt. Le mini-market de la marina peut dépanner et la boulangerie-pâtisserie « francesa » a de bonnes pâtisseries et des baguettes à la française.
En ce qui concerne les shipchandlers (tiendas nauticas), on trouve à peu près tout dans les boutiques situés de l’autre côté de la marina ; à peu près rien, même pas un sourire, dans la boutique à proximité du bureau de la marina. En cas de besoin, autour du Lidl, il y a Ikéa, Euronics et pas mal de grandes surfaces consacrées au bricolage.
Madère
Portugal
Quand on évoque Madère, on pense aux paysages époustouflants et à l’île verdoyante, celle qui culmine à 1861 m, plus haut que les Vosges et le Jura. Mais, outre Porto Santo (cf. dernier article), il y a aussi les îles Desertas toutes proches dans le sud-est et les îles Salvagem à 160 MN, à proximité des Canaries, les deux chapelets d’îles étant habitées par des colonies d’oiseaux et visitables avec une autorisation préalable.
Madère est une montagne volcanique sortie du fond de l’océan aux flancs abrupts, où l’homme a eu du mal à s’accrocher et où les communications entre les failles voisines ont été, jusqu’à une période récente, compliquées. Quand on prend le bus qui dessert chaque village côtier, on s’aperçoit des pentes invraisemblables qu’il lui faut gravir pour atteindre chaque petit col. En voiture, depuis la création d’un réseau routier moderne largement financé par l’Union européenne, des routes à 2 ou 4 voies enserrent la totalité des massifs. Pour rendre ces routes praticables, il a fallu percer des centaines de tunnels, dont certains mesurent 3 ou 4 km de longueur.
Évidemment, tout cela ne s’est pas fait sans une gabegie financière invraisemblable pilotée par l’ex-président de la région autonome de Madère, Alberto Jardim (de 1978 à 2015). Nos îles françaises des Caraïbes au Pacifique ont connu le même type de management erratique, qui se préoccupe peu des conséquences financières des décisions prises ; mais il est probable que, sans cette fuite en avant, les territoires ultramarins obtiendraient beaucoup moins de la mère-patrie.
La marina Quinta do Lorde, où j’étais déjà passé en 2013, a été créée par un fils de bonne famille disposant de fonds importants, qui en a profité pour construire ex nihilo, sur la ferme du lord anglais dont le nom est resté, des centaines de maisons et appartements de vacances de pierre et de marbre autour d’un hôtel 5*. L’époque était mal choisie, le resort n’a pas fait recette, la mise en faillite a été décidée en 2015 (date du retrait de Jardim !) et un fonds d’investissement a repris l’ensemble pour une somme dérisoire. Pour le moment, on ne voit pas trop ce que tout cela va devenir, d’autant qu’à l’intérieur tout est à terminer.
La marina offre une réduction intéressante aux membres de Sail the world et de Trans-Ocean ; malgré cela, elle reste relativement chère (37,20 €/jour pour un voilier de 42 pds) et à moitié vide. Il faut ajouter la location d’une voiture, car le bus met 1 h 30 pour atteindre la capitale située à 35 km, Funchal. Joana, Carlos et Orlando sont toujours là pour vous recevoir aimablement. L’environnement de cette côte déchiquetée est magnifique et ce resort construit avec de gros moyens ne serait pas vilain s’il n’était pas inhabité.
Nous avons fait la connaissance d’un breton armoricain venu se mettre au chaud, Olivier Perroz, qui a fondé sur la marina une boutique d’accastillage franchisée AD et, en temps qu’ancien préparateur de voiliers de course, dispose de bonnes compétences comme gréeur et pour accomplir d’autres travaux nécessaires sur un voilier. Nous en avons largement profité.
Tel. : +351 939 105 167. Email : sailing-madeira.weebly.com.
Autres lieux dignes d’intérêt où nous sommes allés : l’extrémité orientale de l’île (la ponta de São Lourenço), la petite ville de Machico, Funchal, son port et son jardin botanique, Faial et Santana sur la côte nord de l’île.
Traversée vers Porto Santo
Portugal
Cette navigation hauturière hivernale de près de 600 MN n’est pas toujours facile, car il faut affronter trois difficultés :
1. Le franchissement du détroit de Gibraltar, par où communiquent l’océan Atlantique et la mer Méditerranée
2. Les orques, qui font parler d’elles depuis 2020
3. La météo, aléatoire en cette saison.
Le franchissement du détroit ne représente une difficulté réelle que par vent d’ouest. Il suffit de respecter quelques règles simples : quitter la baie 3 heures après la pleine mer de Gibraltar, longer la côte jusqu’à Tarifa pour n’avoir à subir qu’un courant contraire modéré (approx. 1 nd), traverser le double rail des cargos et se laisser porter en suivant la limite inférieure du rail entrant jusqu’au cap Spartel, de manière à éviter les casiers et les filets marocains.
L’autre inquiétude ce sont les orques. Quelques-uns de ces joyeux mammifères marins ont pris l’habitude depuis 2020 de croquer le safran (la partie immergée du gouvernail) des voiliers et des bateaux de pêche. Normalement, lesdits CAC (cétacés ou c’est assez, comme vous voudrez) se trouvent à cette période-ci du côté des rias de Galice ou sur la côte portugaise, beaucoup plus au nord ; seulement, au moins 3 interactions (c’est ainsi que les cétologues appellent ce contact agressif sans volonté de nuire…) ont eu lieu en janvier, 2 du côté de Tanger (l’un des deux bateaux a failli couler), l’autre vers Cadix. Il faut tout de même ajouter que, dans le même temps, un nombre inconnu de bateaux sont passés sans être inquiétés.
Donc voilà : il vaut mieux ne pas croiser leur route et, comme personne ne sait où se trouvent ces bêtes ― en particulier le ou les groupes qui s’en prennent aux bateaux ― surtout où elles se trouveront demain à l’heure de leur passage, les navigateurs se perdent en conjectures sur la meilleure route à prendre, les moyens de les tenir éloignées ou de s’en débarrasser… Ce souci nous a été épargné.
Quant à la météo, on a beau disposer d’outils de plus en plus perfectionnés, on a beau être en Atlantique sous l’égide de l’anticyclone des Açores, la boussole des navigateurs, les prévisions ne sont des indications vraiment fiables que pour les 48 h à venir, elles sont nettement plus aléatoires pour les jours qui suivent.
Généralement, ce sont les alizés, vents du nord générés par l’énorme anticyclone des Açores (H = haute pression = anticyclone), qui prédominent et offrent un véritable toboggan vers les Canaries (voir représentation sur photo 01 pour le 15 février). Certes, il faut composer avec une grosse houle d’au moins 3 m et un vent un peu trop sur l’arrière, mais on s’en accommode assez bien.
Cette année, l’anticyclone des Açores s’est beaucoup baladé, quand il n’a pas complètement disparu, et les dépressions d’ouest se sont succédé, centrées tantôt sur le golfe de Gascogne, tantôt sur le détroit de Gibraltar, tantôt sur le sud marocain. L’océan est bousculé et le vent du sud, qui contrarie notre route, n’est pas rare.
Nous avions choisi d’aller vers l’archipel de Madère pour éviter une dépression qui montait du sud marocain vers le NW de Lanzarote.
Au début, nous avons beaucoup traîné, alternant voile et moteur ou les deux ensemble. Nous avons dû nous accommoder de vents de NE très irréguliers, souvent dans l’axe du bateau. Entre le cap St Vincent au Portugal et le cap Cantin ou Beddouza au Maroc, il y a une immense baie placée sous la protection de la péninsule ibérique, que les vents du nord touchent assez peu et où la houle est supportable. Ensuite, on est vraiment en plein océan.
L’océan nous a salués avec 3 nuits d’orages accompagnés de nuages bas couleur anthracite, de vents violents (rafales entre 40 et 60 nds), de salves de tonnerre, de pluies soudaines et de myriades d’éclairs illuminant tout l’horizon. Impressionnant !
Le dernier jour, nous avons foncé à 8 nds vers l’archipel de Madère, poussés par un vent d’est soutenu de 25 nds, et nous sommes amarrés à une bouée après 4 jours et 4 nuits et 14 heures pour 578 MN, soit une moyenne de 5,25 nds/h.
Porto Santo est une île située au nord de l’archipel madérois d’une longueur de 12 km. Elle fut découverte en 1418 officiellement par deux portugais jetés à la côte par une tempête, qui se l’approprièrent au nom du Roi du Portugal, et l’un des premiers gouverneurs fut Bartolomeu Perestrelo, le beau-père de Christophe Colomb, qui vécut lui-même sur l’île. Le monde est petit…
Quelques pics entre 400 et 500 m à l’est, une grande plaine et une magnifique plage de 9 km au sud, une petite ville Vila Baleira, environ 5000 hbts, un port polyvalent abritant le quai du ferry (qui ne fonctionne pas une partie de l’hiver), une petite marina et quelques bouées, sans compter un port à sec assez étendu pas mal fréquenté par les européens du nord du fait de ses tarifs avantageux. D’après la brave dame qui nous a reçus, ça ne saurait durer, car le gouvernement de Madère envisage de vendre la marina au privé. La location de la bouée, qui nous paraissait solide et en bon état, nous a coûté 6,50 €/jour.
Porto Santo est une île calme, en plein développement toutefois, où l’on vit sereinement, loin des affres et des aléas de la civilisation… Le paysage paraît quelque peu dénudé : la faute aux premiers immigrants qui eurent l’idée géniale d’y amener des lapins, qui ont tout boulotté !
Gibraltar
Royaume-Uni
Un rocher imposant de plus de 400 m, posé dans la mer entre la Méditerranée et l’Atlantique à 20 km de l’Afrique, jalousement conservé par les Anglais et revendiqué de longue date par les Espagnols. En réalité, le Brexit (que les Gibraltariens ont refusé à 96%) a accentué la dépendance de Gibraltar vis-à-vis du territoire espagnol et complexifié la mobilité des personnes et des marchandises avec l’Andalousie voisine. Un accord entre les deux pays a permis d’intégrer Gibraltar dans l’espace Schengen en 2020, ce qui signifie que les citoyens issus d’un pays de l’espace Schengen circulent librement entre l’Espagne et l’enclave, alors que les Britanniques doivent faire une demande d’exemption de visa. Amusant !
Les immeubles sont construits toujours plus haut, en face de la baie, sur une bande côtière large comme un confetti pour le bien-être des retraités anglais désireux de passer l’hiver au chaud, mais la main d’œuvre est surtout espagnole, quoique les Anglais tentent d’attirer des anglophones du Commonwealth pour éviter de se retrouver en minorité.
Nous y étions en fin d’année, durant la période des fêtes. Les magasins d’alimentation et toutes les boutiques touristiques de la Main street sont ouverts tard dans la nuit (sauf les jours fériés). Tout le reste est à l’arrêt jusque début janvier. Très peu de touristes, la crise économique traversée par le Royaume-uni doit y être pour quelque chose.
Les marinas Marina bay & Ocean village ont fusionné et la première a été rénovée en 2020 ; nous avons eu droit à un très beau ponton « alongside » à deux pas de la capitainerie (prix pour un 42 pds : 230 £, soit environ 267 € tout compris). Il faut dire qu’il y a peu de bateaux de passage. Les formalités douanières sont effectuées rapidement au bureau de la marina, si on a pris la peine de préremplir le document d’entrée en ligne avant d’arriver ; mais, le jour de notre départ, il n’y avait personne au bureau. La plupart des marinas ont un personnel d’astreinte, ici non, et les jours de fermeture ne sont pas clairement indiqués.
Le célèbre shipchandler Sheppard’s ne vaut plus qu’on s’y arrête, sauf nécessité absolue. Stock en flux tendu, assez cher et la plupart des commandes passent par l’Espagne, c’est long et la TVA espagnole à 21 % s’applique…
À découvrir à Gibraltar : le très beau point de vue au sommet du du Rocher, auquel on accède par le téléphérique (cable car) ou l’un des vans Mercedes blancs garés devant (35 £ par personne), les macaques, une colonie de singes qui vit là depuis la nuit des temps, les très belles grottes, dont celle de St Michael, la Main street et la Grand Casemates square, poumon commercial de la ville, le quartier résidentiel de l’Ocean village et son paquebot Sunborn, devenu hôtel et casino.
La marina espagnole de La Linea de la Concepción, située au nord de Gibraltar de l’autre côté de la piste d’aviation qui marque la frontière avec l’Andalousie, a une tout autre dimension qui oblige à de longues courses à pied ; elle est moins chère (128,03 € la semaine + eau et électricité) et il y a toujours des navigateurs en attente de traversée.
Nous y sommes allés pour remettre en place la drisse de balancine de grand-voile avec le concours d’E., le gréeur local hispano-sudafricain, que je ne recommanderai pas, vu le temps perdu à ne rien faire, le travail bâclé et une facture hors de propos. Après de longs efforts pour tenter de faire descendre la drisse dans un mât fort encombré, il a fallu se résoudre à démâter, car les drisses étaient emberlificotées à l’intérieur du mât et le câblage électrique se baladait. Plus rien ne coulissait normalement. Évidemment, quand le mât est à l’horizontale, on aperçoit des choses suspectes, indétectables du sol, et la facture s’en ressent.
Si je n’avais pas voulu replacer cette vieille drisse usagée (la balancine de grand-voile), nous nous serions évité bien des frais dans l’immédiat, mais nous courions le risque d’un blocage dans le mât en pleine mer ou d’un court-circuit dû à l’arrachage de fils électriques.
Une mauvaise surprise, comme il en arrive parfois quand on navigue…
La Linea est une ville qui s’est beaucoup développée depuis notre dernier passage (2011). Le centre-ville, rénové, est agréable et dynamique et les promenades de bord de mer sont vastes et propices aux longues balades.
De mauvaises langues disent que la ville sert de passerelle aux activités illégales les plus lucratives qui préoccupent le plus l’Espagne et l’Europe : le narcotrafic, les filières d’immigration clandestine et le terrorisme.
Grenade (Andalousie)
Espagne
Pour aller à Grenade, nous avons pris le bus à la station de bus de Motril : en un peu plus d’une heure, nous étions rendus à la gare d’autobus de Grenade. Le trammétro, inauguré en 2017, permet ensuite de rejoindre le centre-ville (descendre à la station Recogidas).
Grenade (Granada) est situé à 60 km de la côte et s’étend sur plusieurs collines au pied de la Sierra Nevada (la montagne enneigée). La ville fut la dernière cité en territoire hispanique à être arrachée aux arabes en 1492, année de l’expédition colombienne vers les Indes occidentales. Ceci explique sans doute cela.
L’Alhambra est l’un des plus prestigieux témoins de la présence islamique en Espagne entre le VIIIème et le XVème siècle. C’est un ensemble palatial gigantesque qui domine la ville et permettait aux occupants de voir venir.
L’Albaicin à l’est hébergeait la cité antique d’Elvira. À l’époque arabe, on y trouvait beaucoup de maçons, d’où son nom. Le quartier, dominé par l’église St Nicolas, est constitué de ruelles étroites, sinueuses et pentues, ce qui n’empêche pas les automobiles d’y venir (en Espagne, l’automobile est partout reine !).
Le Sacromonte est un quartier gitan depuis de longs siècles. C’est là que se serait développé le flamenco andalou à partir de la zambra gitana provenant du Moyen-orient. En prenant le petit bus rouge n°34 plaza Isabel la católica, qui suit la rivière Darro, on peut aller visiter l’abbaye de Sacromonte, d’où on a un point de vue magnifique sur l’Alhambra et la ville de Grenade.
Notre hôtel, magnifique au demeurant, était l’hôtel Mirador Arabeluz, perché très haut sur une colline jouxtant l’Alhambra. Ça monte énormément, nous l’avons fait à pied avec nos sacs, il vaut mieux prendre un autre petit bus rouge (n°35) qui s’arrête juste devant.
Motril
Espagne
La côte espagnole va d’abord du nord au sud, puis, dans sa plus grande partie, du nord-est vers le sud-ouest ; à partir du cap Gata, elle prend la direction de l’ouest et est pratiquement parallèle à la côte africaine ; les deux mâchoires côtières enserrent la mer d’Alboran, une mer pas toujours facile, car c’est elle qui reçoit les coups de boutoir de l’Atlantique (vent, houle, courants).
Lorsque le temps n’est pas au beau, il convient de se méfier du cap Gata. Au fur et à mesure que nous en approchions, le vent a cru en intensité et la mer s’est creusée. Poursuivre notre route vers l’ouest nous faisait hésiter, car nous avions déjà parcouru 80 MN, le soir tombait et nous ne savions pas où trouver un abri. Alors nous nous sommes abrités derrière le cap en pensant repartir le lendemain. Un pis aller ! Si la houle était supportable, les vents, qui venaient d’un peu partout, ont fait tourner le bateau dans tous les sens et sont montés jusqu’à 40 nds. Le mieux aurait été d’entrer plus profondément dans la baie d’Almeria et d’ancrer quelques MN plus loin.
Autrement, le béton de la Costa Brava et de la Costa Blanca a laissé place au plastique…
L’Andalousie, qui commence 40 MN au nord du cap Gata et se termine au rio Guadiana (frontière portugaise), occupe toute la façade maritime de l’Espagne méridionale. C’est une immense mer de plastique qui ondule d’une colline à l’autre et lui permet d’être le plus gros producteur et exportateur de fruits et légumes d’Europe depuis longtemps, sans trop sacrifier à l’écologie. Ces bâches ne durent guère plus de 3 ans et doivent être recyclées ; mais on s’en préoccupe que depuis peu de temps et le vent et l’incurie en précipitent une partie à la mer.
Port Motril (la partie portuaire de Motril) n’a rien d’exceptionnel : c’est un port commercial et de pêche qui abrite les ferrys venant du Maroc (Al Hoceïma, Nador et Tanger) et de l’enclave espagnole de Mellila. Il y a aussi 2 marinas : les bateaux étrangers à la région sont amarrés dans la marina de Motril, dirigée par Roberto ; Sanae et une équipe fort sympathique savent accueillir les plaisanciers, font le maximum pour les aider, les marineros s’occupent des bateaux quand un coup de vent est annoncé et on y pratique des tarifs amicaux. On est très loin de la logique purement mercantiliste et financière des grandes marinas de Catalogne, du Valençois et de Murcie. Ici, on trouve des gens qui sont contents de vous voir et désireux de vous satisfaire.
Pour des raisons de sécurité, le port est entièrement clos et il vaut mieux connaître les horaires d’ouverture des barrières ou la porte d’entrée des pêcheurs. À côté du bâtiment de la marina, il y a un restaurant « Capitaine Morgan » où l’on mange très convenablement et où l’on peut suivre la coupe du monde de foot. À proximité, on trouve aussi un supermarché moderne et même 2 shipchandlers à qui il ne faut pas demander l’impossible.
La ville de Motril (environ 60 000 hbts), la gare routière et plusieurs centres commerciaux se trouvent à quelques km à l’intérieur des terres. La marina prête des vélos pour y accéder par piste cyclable. On peut aussi prendre un taxi pour 10 €.
Au-delà de Motril, c’est la Sierra Nevada, qui culmine à 3479 m.
Carthagène
Espagne
Entre Tabarca, un îlot au sud d’Alicante, où nous avions passé la nuit, et Carthagène, la distance n’est que de 55 MN, le moteur a dû aider un vent un peu capricieux, qui s’est réveillé à l’approche du cap de Palos, comme de bien entendu…
Carthagène/Cartagena (à ne pas confondre avec Cartagena de Indias, grand port colombien des Caraïbes) appartient à la petite Communauté de Murcie (Murcia), dont la capitale est Murcia, et qui ne comporte qu’une seule province coincée entre les deux immenses territoires que sont la Communauté valencienne au nord et l’Andalousie au sud. C’est une ville portuaire d’environ 220 000 habitants, fondée en 227 av. J-C par Hasdrubal le beau, gendre d’Hamilcar et beau-frère d’Hannibal, entre 5 collines, qui servira de base navale en territoire ibérique à l’époque où les Carthaginois dominaient la Méditerranée occidentale.
Après les Ibères et les Carthaginois (qui ont donné son nom à la ville) sont venus les Romains, les Wisigoths, les Arabes et les Castillans.
Le port — situé dans une grande baie naturelle qui s’enfonce profondément dans les terres 18 MN à l’ouest du cap de Palos — est un port commercial et militaire, de passagers, de pêche et de plaisance. Il est très rare d’avoir en même temps les 5 fonctionnalités. Les 2 marinas sont gérées, l’une par l’association Real club de regatas de Cartagena, l’autre, le Yacht club de Cartagena, par une société de droit privé. Dans la première, on accepte plus facilement les bateaux qui restent longtemps et il est compliqué d’avoir des informations fiables par email ; pour la seconde, ce n’est pas donné : il faut compter 65 € par jour pour un 42 pds.
L’attractivité de la ville est bâtie sur sa riche histoire, son front de mer et ses promenades en perpétuelle évolution, ses rues commerçantes (la calle Mayor, la plaza de San Francisco), ses monuments (le teatro romano, le castillo de la Concepción) et ses musées (le musée de la guerre civile), ses plages et ses restaurants de tapas…
Beaucoup de lieux sont encore exploités sur le plan archéologique.




































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































