Auteur :patrice

10. Visages d'Olinda

Recife et Olinda

Recife et Olinda

Brésil

De retour en Europe après 6 mois d’absence, contents d’être partis, d’avoir vécu un hiver au chaud et une transat facile quoique peu ventée, et aussi contents de revenir et de retrouver nos habitudes, la famille, les amis et ceux qui nous ont suivis à travers ce blog.

Reste à écrire quelques mots sur les deux capitales du Pernambouc, l’ancienne et la nouvelle ; l’une chargée d’histoire à l’architecture coloniale et aux innombrables églises baroques (Vincent appréciera !), l’autre reflétant la modernité du Brésil d’aujourd’hui, dans la tourmente politique de l’inévitable destitution de Dilma Roussef par ceux qui ont mis les deux mains dans le pot de confiture…

Olinda signifie Ô la belle ! (le mot est attribuée au capitaine Duarte Coelho qui la découvrit au début du XVIème siècle). La ville est juchée sur un ensemble de collines surplombant l’océan, à l’abri des pirates (pas des conquistadores !), et, dans la chaleur tropicale, il faut rassembler toute son énergie pour monter et descendre un lacis de ruelles abruptes, inondées de soleil malgré une végétation luxuriante.

Recife, toute proche, située à l’embouchure de trois rivières, étend sa longue plage de Boa Viagem le long de l’océan sur plus de 7 km ; des tours résidentielles se serrent les unes contre les autres à deux pas du bord de l’océan. Les baignades sont compliquées, car, à marée haute, la plage offre peu d’espace et la barrière de corail trouée par la pollution n’offre aucune protection contre les requins que l’incurie des hommes a attirés sur ce littoral — une situation pratiquement unique au Brésil.

Pour en savoir davantage.

Les vieux quartiers, notamment le Recife antigo, une île reliée par des ponts au reste de la ville, valent le détour, comme le parc et le musée fondé par Ricardo Brennand aux collections hétéroclites : sculptures, peintures, tapisseries, armes, porcelaines, horloges, mobilier d’art…, il y en a pour tous les goûts.

Nos billets pour Rio de Janeiro sont déjà pris, l’aventure continuera à l’automne, puisque Mindelo nous attend de l’autre côté de l’océan.

Mais nous y reviendrons à un autre moment.

Pour terminer, un heureux complément ; d’autres images de notre transat à la manière de Nathalia et Vincent, nos valeureux équipiers  : c’est ICI.

12. Après plusieurs essais, le tangon et passé à bâbord

Transat

Transat

Cap-Vert ... Brésil

Notre première transat était aussi une transéquatoriale : on navigue vers l’ouest, mais on navigue surtout vers le sud.

Départ de Mindelo jeudi 10 mars 2016 à 12h20 en vue d’une traversée de 1577 MN vers le Brésil, avec un arrêt de quelques jours sur l’archipel Fernando de Noronha (voir chapitre suivant), où nous arrivons le mardi 22 vers 2 heures du matin, soit une durée de 11 jours et 16 heures pour une distance de 1330 MN.

Dès le début, notre vie s’est organisée en fonction des quarts de veille, chacun assurant une veille de 2 h 45. A est de quart de 16 h à 18h45, B de 18h45 à 21h30, C de 21h30 à 00h15, D de 00h15 à 03h00, de nouveau A de 03h00 à 05h45, etc. Ainsi, les horaires changent chaque jour, chaque équipier jouit d’une longue plage de repos (sauf manœuvre nécessaire durant un quart) et ceux qui ont assuré les quarts de milieu de nuit glissent progressivement vers des horaires plus en adéquation avec l’horloge humaine et vice versa. À cela s’ajoutait (pour nous éviter un recalage horaire à l’arrivée) que notre heure de référence était l’heure brésilienne et qu’au début de la traversée la nuit tombait vers 16 h.

La moyenne (4,75 nds à l’heure) reflète les petits airs que nous avons rencontrés, rarement plus de 10 nds de vent portant, souvent moins, qui obligeaient notre moteur — compte tenu de la houle qui ballottait les voiles — à participer en soutien à la progression du bateau. Sans lui, il nous aurait fallu 3 bons jours de plus.

Ce qui devait arriver arriva : le stock de gazole était épuisé à 20 MN de Noronha, au moment où le vent du sud, quasi inexistant jusqu’alors, s’est renforcé à 20 nœuds. Pas si grave ! Nous avons fait du près et réussi à soutirer au réservoir, en jouant sur la position du tube d’aspiration, ses derniers litres, nécessaires pour mener notre mouillage à bien.

Le Pot-au-noir, de sinistre réputation, a été clément pour nous : une grosse averse sur le 5ème parallèle nord pour saluer notre arrivée, comme il se doit, de petites pluies éparses avec, au milieu, des plages de grand ciel bleu, des blocs de nuages sombres, un vent d’est faible mais constant, accompagné de quelques rafales, et une houle supportable. Il faut préciser que nous l’avons franchi à l’extrême ouest, entre 29 et 31° de longitude. Contrairement à ceux qui sont passés plus au centre et qui ont subi des conditions météo assez musclées, pas de tonnerre, pas d’éclairs inquiétants, pas de gigantesques nuages noirs qui déversent des trombes d’eau, pas de violentes bourrasques qui obligent à affaler les voiles.

Deux voyageurs ailés, fatigués de voler, nous ont rendu visite à bord : une hirondelle et un corbeau.

Petite fête lors du passage de l’équateur, latitude 00°00.000, pour respecter la tradition, arrosée par un excellent champagne.

La seconde (petite) partie de la transat — des îles de Fernando de Noronha à Jacaré au Brésil (environ 250 MN) ― s’est déroulée dans les meilleures conditions ; une fois passé le sud de l’île, un vent d’est de 12 nds nous a accompagnés et, dans la nuit, l’alizé du SE (25/30 nœuds) s’est brutalement annoncé sous un nuage, nous obligeant à adapter la voilure.

Au sortir du Pot-au-noir, l’alizé de l’hémisphère sud est plus agréable que notre alizé nordique : nettement plus chaud (pas d’injection d’air polaire) et plus constant, il soulève aussi une houle moins envahissante.15 à 25 nœuds de vent nous ont permis de glisser au petit largue, sous génois réduit et grand-voile arisée, vers le Paraiba, fleuve et état du Brésil, où nous avons jeté l’ancre le samedi 26 mars à 17h30, après près de 5 mois de croisière.

C’est à notre arrivée au Brésil que nos équipiers suisses, Nathalia et Vincent, qui (quoique débutants en navigation hauturière) se sont toujours montrés enjoués, motivés et à la hauteur de la situation, ont abandonné le navire pour courir l’Amérique du sud ; c’est également ici, sur le Paraíba, que Mindelo passera son premier hiver austral.

N.B. Beaucoup de photos du ciel durant cette longue étape. Tumultueux, menaçant, coloré, sculpté par d’immenses volutes, on n’en voit pas de pareils dans nos contrées nordiques et on se demande, à chaque fois que de sombres masses nuageuses, s’avancent vers nous ce qu’elles nous réserve.

2. Praia, l’ascension du Platô

Santiago

Santiago

Archipel du Cap-Vert

Praia (138 000 hbts), la capitale de l’archipel du Cap Vert située sur l’île de Santiago, la plus grande île et la première colonisée, ne figurait pas à notre programme, d’abord parce que quelques plaisanciers n’ont pas aimé qu’on leur pique leur annexe ou leur ordinateur de bord au mouillage, ensuite parce qu’il faut remonter la côte occidentale de l’île contre le vent dominant.

Disons-le tout de suite : nous avons pris des précautions, mais, quoique seuls étrangers au mouillage et parfaitement visibles des hauteurs de la ville, nous n’avons pas ressenti la moindre insécurité. En revanche, la ville ne mérite pas vraiment qu’on s’y incruste. Rues parallèles, bâtiments administratifs, architecture quelconque, bazars chinois tous les 30 m…

Mais voilà, l’écran de mon ordinateur, qui en avait peut-être assez de se faire balloter par la houle de l’Atlantique et de manger du sel et du sable, s’est mis aux abonnés absents et je devais rechercher un écran de substitution, que j’ai trouvé assez vite dans une boutique recyclant du matériel américain.

La grande baie de Praia est dominée par la vieille ville située sur le Plateau (ou Platô) et fermée par un môle qui vient d’être allongé ; elle offre donc, par presque tous les temps, une bonne protection. Nous avons mouillé à 250 m à l’ouest de la station service, où il est possible de faire garder l’annexe et de prendre un taxi vers la ville (tarif : 200 CVE). C’est là que nous avons déposé Matthias, notre dentiste bambergeois qui nous accompagnait depuis Maio, parce que, là-bas, on attendait le bateau de Praia en panne depuis des semaines…

Une énorme statue en bronze du possible découvreur de l’île, Diego Gomes (entre l’histoire officielle et les récits d’époque, ça cafouille un peu), s’élève au bord du Plateau devant le palais présidentiel. La première colonie d’outremer, en même temps que la première colonie portugaise, a été établie sur cette île à la fin du XVème siècle, à Ribeira Grande, devenue Cidade Velha et abandonnée par la suite au profit de Praia. Dès 1472, 20 ans avant la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb, les citoyens établis sur l’île ont eu le droit de posséder des esclaves.

La remontée de l’île par la côte ouest jusqu’à Tarrafal fut sans surprise : d’abord un vent plutôt favorable, puis plus grand-chose, enfin, au voisinage des derniers caps, un alizé renforcé par effet Venturi à 40 nds dans le nez. Notre moteur, appuyé par une grand’ voile arisée, a répondu présent. Le mouillage de Tarrafal ne fut pas simple, du fait du fond rocheux, à peine recouvert de sable, et nous avons dû empenneler 2 ancres par sécurité.

Tarrafal do Santiago, situé à la pointe NW de l’île, a de belles plages en pente assez douce, où la houle est plus maniable que dans d’autres îles, et une baie où le mouillage est agréable quoique venté, lorsque l’alizé est en forme, ce qui était le cas. Un musée sur le camp de concentration de Chão Bom (littéralement : bonne terre, alors que le coin est hyper sec) a été inauguré en janvier 2016 par les premiers ministres du Portugal et du Cap Vert. Voir les explications sur les photos.

Dernière étape capverdienne : retour en ligne droite vers Mindelo (130 MN, soit environ 24 h de navigation au petit largue ou au près bon plein).

2. Santa Luzia, îlot Zinho

Les autres îles au vent : São Nicolau et Boa Vista

Les îles au vent : São Nicolau et Boa Vista

Archipel du Cap-Vert

Les îles au vent (ilhas de barlavento en portugais) sont celles que le vent rencontre les premières, par opposition aux îles sous le vent. Après Sal, São Vicente et Santo Antão, il nous restait à voir São Nicolau et Boa Vista.

Entre l’île de São Vicente et l’île São Nicolau, la petite île désertique de Santa Luzia offre un mouillage sauvage par temps calme. C’est là que nous jetons l’ancre à l’abri d’un gros rocher, l’îlot Zinho, et devant une belle plage que nous lorgnons, mais que nous ne foulerons pas, empêchés de débarquer par les rouleaux qui s’y brisent. Les seuls habitants de l’île sont des chats domestiques retournés à l’état sauvage, qui ont décimé les colonies d’oiseaux. Nous n’essaierons pas de les apprivoiser… L’île a failli devenir un dépôt d’ordures chimiques (une terre inhabitée attire bien des convoitises…), mais le gouvernement capverdien a préféré son environnement aux billets verts.

Les îles de São Nicolau et Boa Vista, situées à 80 MN l’une de l’autre, n’ont pas grand-chose en commun, sinon d’appartenir au même groupe d’îles et d’être délaissées par les navigateurs pressés d’atteindre l’autre rive de l’océan.

São Nicolau présente un relief de collines pelées, avec une vallée verdoyante située à proximité de la route qui mène de Tarrafal (toponyme qui signifie « terre dépourvue de tout », qu’on retrouve sur pas mal d’autres îles) à la « capitale » de l’île, Ribeira brava (torrent). Grâce à l’aide française, cette vallée est irriguée par de l’eau issue de galeries qui stockent l’humidité et permettent à la canne à sucre, aux légumes, au maïs et aux arbres fruitiers de pousser.

La zone de mouillage de Tarrafal, grande ouverte à l’ouest, est désagréable : en plus des rabattants qui dévalent les proches collines (35 nds pour nous accueillir), en l’absence d’anticyclone établi, elle reçoit en permanence la houle des dépressions qui passent au nord et, une semaine avant notre arrivée, un Suisse venait d’y perdre son voilier.

La navigation vers l’île de Boa Vista (90 MN) s’est faite de nuit et au près. Traduction pour les non-initiés : on a le vent dans le nez. Le foc de route et la grand-voile sous 3 ris sont hissés. Nos deux équipiers découvrent cette allure penchée et leurs estomacs apprécient modérément, même si Mindelo chevauche la houle d’alizé avec panache. Cette étape — plus que les rumeurs alarmistes qui courent au sujet de possibles attentats en Afrique occidentale (5 djihadistes officiellement recensés au Sénégal contre des centaines en France !) ― a compromis irrémédiablement notre traversée vers l’Afrique (350 MN), dont une bonne partie se serait déroulée au près.

L’île de Boa Vista, un morceau de Sahara posé dans l’Atlantique, est le paradis des bronzeurs et des surfeurs, car il y a de nombreuses plages de sable clair, peu de profondeur, le vent y souffle régulièrement et les vagues sont au rendez-vous. Le mouillage au sud de l’îlot de Sal Rei, juste en face de la ville du même nom, est éloigné du village (environ 1 km à parcourir en annexe dans une mer formée ; il est agité lorsque le courant de marée s’oppose à l’alizé et peut devenir très inconfortable quand la grosse houle de NW s’y ajoute, déferlant sur les nombreux hauts-fonds semés d’épaves. En 1779, le grand navigateur anglais James Cook faillit y perdre son bateau « Resolution ».

En temps normal, c’est-à-dire le plus souvent, le mouillage, « encombré » par 2 ou 3 bateaux, nous permet de profiter pleinement d’une eau turquoise et du climat ensoleillé.

Le village de Sal Rei, sympathique et agréable à vivre, s’accommode d’une curieuse harmonie. Entre les « barracas », quartier de la ville occupé par des migrants africains parvenus à s’implanter sur une terre en voie de développement, un ensemble résidentiel ultramoderne à l’architecture élancée et les hôtels de la côte nord en construction depuis toujours, le contraste est saisissant. Les bétonnières et les conteneurs rouillent à proximité des chantiers et, en dehors des Italiens qui se sont implantés sur l’île très tôt, les touristes ne sont pas très nombreux, à moins qu’ils ne restent enfermés dans une des citadelles au doux nom de « Beach resort » ou encore « Palm view resort ».

La corvée de paperasserie, à renouveler dans chaque île, exige que nous trouvions le bureau de la police maritime, où on nous remet chaque fois la même fiche à remplir, plus ou moins bien photocopiée, alors que nous en avons une toute prête et toute remplie. Depuis la publication du guide Imray, partout la police maritime (ou delegação maritima) a déménagé et, comme les habitants n’ont jamais affaire avec elle, ils nous envoient vadrouiller dans toutes les directions. À Sal Rei, elle se trouve sur le quai de commerce, un petit préfabriqué blanc au toit défoncé, beaucoup moins visible que le bâtiment moderne de la capitainerie et des douanes, et à Tarrafal de São Nicolau à droite d’une large avenue juste au-dessus du port. La taxe de mouillage est partout de 700 CVE (un peu plus de 6 €), quelle que soit la durée du séjour.

Étapes suivantes : Maio et Santiago.

Lien vers le film réalisé par Nathalia et Vincent sur notre traversée Canaries-Cap Vert : c’est ici.

9. Autres couleurs

Mindelo renoue avec ses origines

Mindelo renoue avec ses origines

Archipel du Cap-Vert

L’incontournable du Cap Vert : la ville de Mindelo, située sur l’île de São Vicente au fond d’une grande baie orientée au NW, dernière étape avant la transat pour la plupart des bateaux de passage.

Les uns restent au mouillage et bidonnent, c’est-à-dire charrient leur eau et leur gazole sur leurs annexes dans des bidons, sans compter les courses pour 2 ou 3 semaines de traversée ; les autres vont à la marina, la seule du Cap Vert, et paient le prix fort pour un confort très très relatif : la marina est juste un assemblage de pontons qui n’offrent aucune protection contre la houle du large et les aussières, tirées à hue et à dia, ne parviennent pas à contenir les mouvements erratiques des bateaux.

Le nom de Mindelo (ça nous intéresse doublement !) a été attribué à la ville en 1838 après la guerre civile portugaise, car c’est le nom d’une petite commune proche de Porto où les libéraux ont débarqué pour renverser le souverain en place. Je me demande si notre bateau aurait pris le nom de (Vila) Leopoldina, obscure princesse autrichienne, si la ville n’avait pas été débaptisée…

En tout cas, avec le douanier qui ne parlait que le portugais, ça n’a pas été simple (je traduis grosso modo) :

– Nom du bateau ?

– Mindelo.

– Non, Mindelo c’est la ville où nous sommes.

– D’accord, mais notre bateau se nomme Mindelo.

L’incompréhension était totale. Il a fallu lui mettre les papiers du bateau sous le nez pour qu’il comprenne que je n’étais pas un demeuré ou que je ne me foutais pas de lui.

Mindelo connaît ― comme toutes les cités du Cap Vert — un essor spectaculaire (47 000 hbts en 1990, 70 000 en 2010) ; on construit tous azimuts, pas toujours avec le souci d’un urbanisme bien pensé, y compris dans les endroits les plus pittoresques et les moins accessibles. Il faut dire que la diaspora capverdienne (700 000 capverdiens vivent à l’étranger — dont 30 000 en France ― pour 530 000 sur place) et les aides internationales contribuent beaucoup à ce développement.

Autrement, en quelques touches impressionnistes, des habits aux couleurs chamarrées, des sourires attachants, des jeunes hommes métissés aux corps athlétiques, des filles aux yeux en amande toutes plus belles les unes que les autres, de nombreux enfants en uniformes d’écoliers, des danseurs incomparables, un soleil permanent, une maigre végétation que courbe le souffle de l’alizé…

Nous ne serons plus là au temps du carnaval, événement auquel se prépare toute la ville des mois auparavant ; alors, Libé nous en donne un avant-goût.

En face de Mindelo, l’île de Santo Antão, tout en relief ; nous l’évoquerons dans notre prochaine livraison.

Les conditions météo sont très différentes que d’ordinaire à la même saison. L’anticyclone des Açores continue de se balader et se laisse même contourner par une grosse dépression qui interdit à tous ceux qui sont en attente la route des Caraïbes.

Nous avons quitté la marina de Mindelo et sommes revenus au mouillage. Température de l’air 31°, température de l’eau 25°3. Départ vers Tarafal sur l’île de São Nicolau vers le 15 janvier. Le moteur devra suppléer l’absence de vent.

Vidéo mouvementée sur les Canaries par Nathalia et Vincent. C’est ici.

L’île de Sal au Cap-Vert

L'île de Sal

Archipel du Cap-Vert

Espargos, île de Sal, sur la place du village devant un rafraîchissement. Les Canaries sont bien loin !

Nous étions partis pour le cap Vert et nous sommes au Cap Vert. Bizarre autant qu’étrange ! Explication : le cap Vert est l’un des grands caps qui saillent de la côte africaine, dont la presqu’île héberge la métropole de Dakar (Sénégal), et l’archipel du Cap Vert (pays indépendant depuis 1975) a hérité son nom du cap en face duquel il est situé.

Pourquoi ce changement ? Tout simplement à cause du vent et surtout de la houle, qui nous venaient d’est, parfois du sud-est, ralentissant notre progression vers le sud et nous procurant un moindre confort qu’un cap plus à l’ouest.

720 MN parcourus en 5 jours, précisément en 121,5 heures, soit pratiquement 6 nœuds de moyenne, c’est bien, si l’on considère que, durant les 17 dernières heures, l’énergie mécanique à bas régime a dû compléter un vent qui faiblissait.

L’île du Cap Vert située au nord-est est l’île de Sal (sel en portugais du fait des salines de Pedro Lume) et le premier mouillage se trouve au NW devant le petit port de Palmeira. C’est là, dans cette baie abritée de l’alizé (qui souffle fort à présent) que se retrouvent la plupart des bateaux venant des Canaries, en attendant de rejoindre Mindelo, capitale économique du Cap Vert, et de traverser l’océan vers les Caraïbes ou l’Amérique du sud.

Ces îles, situées au milieu de l’Atlantique, au carrefour des voies commerciales entre l’Europe, l’Asie et l’Amérique, n’ont été découvertes qu’en 1460, au hasard d’une tempête, par une expédition portugaise qui longeait la côte africaine. Elles ont servi durant des siècles de plate-forme d’échange pour le grand marché aux esclaves recrutés manu militari dans les vallées fluviales d’Afrique équatoriale, de nids de pirates et aussi à la déportation des détenus de toutes sortes, des opposants politiques et des juifs.

Elles ont commencé à péricliter lorsque la canne à sucre a été remplacée par la betterave sucrière et que l’esclavage a été interdit dans l’hémisphère nord (Congrès de Vienne, 1815). Le Portugal les a laissé vivoter et, lorsque le pays a conquis son indépendance, le taux de chômage avoisinait les 60 %.

Les Capverdiens sont cependant des gens avenants et ouverts, de commerce agréable, s’il n’y avait la barrière linguistique du créole portugais. Les vendeurs de bidons d’eau, de légumes et les transbordeurs (ceux qui viennent nous chercher à notre bateau) nous roulent au mieux de leurs possibilités, mais on peut considérer que c’est une contribution à une économie locale quelque peu souffreteuse.

L’île de Sal a beaucoup et mal construit sur sa côte méridionale, où se trouvent ses plus belles plages, pour développer l’accueil touristique ; mais elle est loin de posséder les mêmes atouts que les îles de l’ouest et du sud.

Nous n’oublions pas le Sénégal, en particulier la Casamance, où nous espérons pouvoir nous rendre après notre périple capverdien (?).

Nous vous souhaitons une heureuse année 2016 !

7. Encore plus haut !

Chantier naval à Tazacorte

Chantier naval à Tazacorte

Canaries - Espagne

Pour entreprendre un long voyage, il faut nettoyer la coque et la recouvrir d’une peinture antifouling, c’est-à-dire une peinture qui interdira pour un temps aux anatifes et autres bestiaux marins de s’accrocher et de ralentir l’allure du bateau. La case chantier est donc une nécessité et, pendant les six jours où nous sommes restés au sec au chantier de Tazacorte sur la côte occidentale de l’île de La Palma ; ça a été vraiment le chantier ! Mais le travail accompli, tant par les professionnels que par les matelots, a été de qualité.

Cela aurait pu être plus court, mais les Espagnols ont encore plus de jours de fête que les Français et il a fallu jongler avec un samedi chômé, un dimanche et la fête de l’Immaculée conception précédée d’un lundi ponté. Durant ce temps, impossible d’utiliser les WC de bord, bien entendu, et même les lavabos, dont les rejets auraient coulé sur la primaire gris clair qui sert de support aux couches d’antifouling. Alors ce fut un retour au camping à l’ancienne.

Nous en avons profité pour nous baigner dans des rouleaux musclés déferlant sur une plage de sable noir qui tombe à pic dans l’océan (sportif !), faire une excursion dans la zone volcanique de l’île et à Santa Cruz de La Palma, sur la côte orientale, la plus belle ville des Canaries, dit-on. Ne pas confondre avec Santa Cruz de Tenerife, encore moins avec Las Palmas ; les conquistadores espagnols (Tazacorte fut conquis dans le sang en 1492, année préludant à d’autres massacres !) manquaient cruellement d’imagination : les palmiers, c’est ce qu’il voyaient ; la Croix, c’est ce qu’ils venaient imposer aux malheureux Guanches, indigènes canariens dont beaucoup furent traités en esclaves ― la preuve que le terrorisme religieux, qui fait aujourd’hui de nombreuses victimes, a été enduré à d’autres époques par d’autres populations au nom d’une autre religion.

Le temps est doux, ensoleillé, un vent inexistant ou irrégulier, à l’opposé des conditions habituelles (l’alizé souffle normalement à 20 nds du nord-est), et le peu de vent qu’on nous promet viendra du sud ou du sud-est, tout ça à cause du fameux anticyclone des Açores en train de remonter vers les côtes franco-espagnoles (et pas perdu pour tout le monde !). Nous attendrons donc un peu pour traverser vers El Hierro, la dernière île de notre périple canarien.

Las Palmas et l’ARC

Las Palmas et l'ARC

Canaries - Espagne

En 2015, c’est la 30ème édition de l’ARC (= Atlantic rally of cruising), rallye transatlantique à voile partant chaque année de Las Palmas le 22 novembre et allant vers Ste Lucie, île des Caraïbes. Environ 200 bateaux et 1200 équipiers. D’où l’impossibilité de trouver une place dans la marina avant cette date.

Nous sommes mouillés à proximité et avons pu assister au départ d’une partie de cette grande flotte de voiliers cinglant vers les petites Antilles, les autres étant passés à Las Palmas au début du mois et partis de Mindelo, port du Cap Vert, le 18 novembre. Il s’agit essentiellement de nordiques sur des voiliers imposants : Allemands, Anglais, Néerlandais, Norvégiens, Suédois, qui apprécient ces manifestations de masse et une organisation clés en main propre à les accompagner de l’autre côté de la flaque.

L’alizé a commencé à montrer ses muscles lors du départ de l’ARC : aujourd’hui 20 nds de vent, cette nuit et demain davantage. Les grosses commissions sont faites au Carrefour de Las Palmas avec le superbe break de Rene, un véhicule d’un autre temps qui rend encore de nombreux services.

Achat d’une nouvelle gazinière à Las Palmas. L’autre, vieille de 33 ans, n’aurait pas résisté longtemps aux multiples plats indiens ou sud-américains concoctés par nos équipiers.

Les Costa XXL (des milliers et des milliers de passagers qui déferlent d’un coup dans la ville) s’accumulent dans le port de commerce au large de notre mouillage.

Prochaine destination : Santa Cruz de Tenerife (environ 52 MN).

Premiers milles de la transat

Premiers milles de la transat

Canaries - Espagne

Enfin, presque… Nous sommes encore dans les préparatifs.

Arrivés le 4 au soir à l’aéroport d’ARRECIFE avec 35 minutes d’avance sur l’horaire, nous avons pu prendre le bus qui nous a menés à ORZOLA et, de là, le bateau vers La Graciosa. Nos équipiers, Nathalia et Vincent, citoyens helvétiques originaires de Genève, nous y attendaient époustouflés par la beauté de l’île.

Petite rando vers le sud de l’île le lendemain et baignade à la Playa francesa, où beaucoup de voiliers en attente de traversée se trouvaient à l’ancre.

Aujourd’hui, ciel plus couvert ; Nathalia et Vincent ont fait un demi-tour de l’île avec grimpette sur un des micro-volcans, histoire de poursuivre l’entraînement.

Programme des jours à venir : mouillage devant la Playa francesa, marina de Lanzarote (où nous avons pas mal de matériel en attente), mouillage au cap Papagayo, traversée vers TALIARTE sur Gran Canaria le 17 : le bateau sera sorti de l’eau le 18 pour le carénage.

Déjà deux semaines que nous avons pris le large ; nous avons définitivement quitté La Graciosa, île avec laquelle nous sommes in love. L’échange avec mon ami Simeon (87 ans), que je connais depuis 2011 et que j’ai retrouvé installé au même endroit, a été un moment de grande émotion ; c’étaient à la fois des retrouvailles et des adieux.

Après deux jours au mouillage à la Cala francesa au sud de l’île, la navigation vers Arrecife s’est faite au moteur. Nathalia et Vincent, nos compagnons de route, ont pu s’amariner dans des conditions idéales.

Quelques jours d’escale à la marina de Lanzarote et un moment de frayeur au moment de la manœuvre : notre place est en bout de travée tout au bord du quai et Vincent a l’impression d’aller droit dans le mur… Mais non ! Manœuvre magnifique, le bateau rentre majestueusement dans sa place.

Au cours d’une promenade dans la ville, un arbre de Noël surgit ; il y a aussi un marchand de marrons chauds. Bizarre, et nous nous baladons en short !

Un beau mouillage calme derrière la pointe Papagayo nous permet de profiter des plages de sable fin, avant d’effectuer notre première traversée à la voile avec nos équipiers, tout de même un peu secoués par une méchante houle du nord que nous prenons par le travers.

Au nord de Gran Canaria, nous avons été accompagnés durant un quart d’heure par un troupeau de dauphins qui passaient et repassaient sous et devant le bateau (voir notre photo d’art contemporain). On était tous heureux comme des enfants.

Mouillage devant la plage Alcaravaneras de Las Palmas 20 heures après avoir quitté Papagayo. 

Nous vous embrassons

6. La Graciosa, fiestas de Nuostra Senora del Carmen

La Graciosa, Arrecife, punta Papagayo, La Palmas

La Graciosa, Arrecife, punta Papagayo, Las Palmas

Canaries - Espagne

Premier essai de blog de voyage.

Mindelo est revenu à La Graciosa en janvier 2015, après avoir passé l’hiver à Rabat (Maroc).

À présent, il faut préparer le bateau pour la transat. Et il y a de quoi faire ! Un mois de travail à bord de Mindelo depuis le 20 juin ! 

Installation d’un nouveau lecteur de cartes, de deux écrans pour l’instrumentation, d’une station météo, de deux anémomètres sur les deux mâts, d’un réseau câblé qui fait fonctionner tout ce fourbi, sachant que, dans un bateau, il est nécessaire de trouver à chaque fois de nouvelles astuces pour acheminer un câble d’un point A à un point B, que les vendeurs envoient des câbles qui ne correspondent pas aux appareils identifiés et que le dos souffre beaucoup.

Mise en place d’un purificateur d’eau destiné à rendre potable l’eau des réservoirs.

Connexion d’un gros câble anti-foudre entre la colonne d’épontille du grand mât et la plaque de masse, pour évacuer vers l’eau les milliers de volts qui pourraient nous toucher un jour.

Et plein d’autres petits boulots, dont la liste, toujours régénérée, serait fastidieuse à lire…

Michèle est arrivée le 6 et Erwann le 13 juillet. Ils ont pu faire du VTT sur les chemins de sable de l’île.

Il y a eu aussi les fiestas de Nuestra Senora de Carmen (fêtes traditionnelles de l’île, procession maritime et – moins drôle – une scène assez bruyante avec des hauts-parleurs surdimensionnés).

Aujourd’hui, nous avons quitté La Graciosa pour Lanzarote. Nous avons pris un coup de vent en passant ; rien d’exceptionnel, mais il a fallu affaler la grand-voile en urgence, qui nous envoyait au lof.

Contrairement à La Graciosa où l’air circule toujours, sur cette côte protégée il fait assez chaud (32°), malgré les rafales de vent qui passent par dessus la haute digue.

Auparavant, le port de la Naos à Arrecife était un véritable cloaque. Je me souviens encore des quelques pontons branlants et des odeurs infectes. L »entreprise qui gère Puerto Calero (autre marina située plus au sud) a racheté l’ensemble et c’est devenu en un tournemain une marina moderne et accueillante.

Nous quittons Arrecife le 31 juillet, jour de mon anniversaire (je remercie en passant tous ceux qui se sont manifestés gentiment à l’occasion de ce grand événement) et jetons l’ancre pour quelques jours devant la playa de las Mujeres (la plage des femmes) au nord du cap Papagayo, pointe SE de Lanzarote.

Tranquillité absolue et baignades recommandées.

Dans la journée, des bateaux d’excursion et quelques vedettes venaient ancrer ; le soir, tout le monde retournait à la niche (traduisez : dans la marina la plus proche) et nous étions seuls dans un paysage grandiose. De toute façon, il n’y avait pas de vent annoncé avant trois jours et traverser de Lanzarote à Gran Canaria (95 MN) au moteur ne nous souriait pas.

Le lundi 3 août, départ à 12 h 30. Au début, pas grand-chose ; le dévent des îles sans doute. Puis 15 à 20 nds de vent de NNE (la régularité horlogère de l’alizé !) nous ont emmenés vers Las Palmas sans effort, où nous sommes arrivés tôt ce matin pour nous (ré)immerger dans l’atmosphère d’une très grande ville (400 000 hbts !) et retrouver… une bonne bière. Ponton L, place 44.

La joyeuse bande de Glainans (à pas confondre avec les Glénan !) débarquant samedi soir, il faut que nous trouvions une voiture pour aller les chercher à l’aéroport et nous continuons de nous occuper des menus travaux d’entretien et des réparations courantes. Remplacement de la chaîne d’ancre, rouillée à force de dégalvanisation ; réparation du tangon de génois à demi scié par un hauban ; peintures et vernis (le domaine de Michèle) ; etc.

Nous retrouvons Rene (sans accent), un allemand de Leipzig établi à Las Palmas sur le L depuis des années et que nous avions rencontré il y a 4 ans déjà. C’est un homme providentiel, car il rend toutes sortes de services aux plaisanciers de passage (y compris la location de bagnoles) et est un conseiller utile pour trouver un artisan, un restaurant ou acheter du matériel.

Bisous à tous