Auteur :michele

16. BH, le parc municipal

Belo Horizonte, un passage obligé

Belo Horizonte, un passage obligé

Brésil

Après l’ancienne capitale de l’état des Minas Gerais, Ouro Preto, difficile d’accès, cap obligé vers la nouvelle, Belo Horizonte. Pas vraiment enthousiastes, mais la route pour atteindre Salvador da Bahia passe par là.

C’est à Belo Horizonte qu’Oscar Niemeyer*, le célèbre architecte urbaniste brésilien décédé à Rio il y a seulement quelques années (2012) a fait ses premières armes dans les années 30-40, dans l’esprit de la maxime du drapeau brésilien « Ordem et Progresso », avant de concevoir ex nihilo la future capitale du Brésil Brasilia.

*Notre famille ayant des racines havraises, notons que c’est aussi lui qui a planté place Gambetta les deux tours inégales rondes et blanches de la Maison de la culture, au grand dam des habitants de l’époque – dont mes parents – habitués aux formes grises et anguleuses.

Le voyage d’Ouro Preto à Belo Horizonte, appelée “Beagá”, BH (prononcez “bay-ah-ga”) par ses habitants, s’est fait finalement en voiture particulière. Certains habitants d’Ouro Preto débauchent les passagers des bus et font office de taxis pour gagner leur vie. Notre chauffeur était d’origine italienne, comme beaucoup de Brésiliens de la région.

Nous étions logés dans l’hypercentre et l’hôtel de 22 étages, terriblement impersonnel et froid avec du marbre partout, nous a aussi peu séduits que la ville, quadrillée de larges avenues et constellée d’immeubles élancés.

Une pluie diluvienne n’a rien arrangé.

Comme dans toutes les très grandes villes brésiliennes, une foule immense se déplace dans tous les sens, ça grouille de monde dans ces rues cosmopolites et animées, c’est très très bruyant, on parle très fort, on crie, on gesticule, on klaxonne, on roule vite, on ignore les piétons, on est submergé de flots de musique dont les décibels vous creusent les oreilles, on est saoulés par l’ambiance trépidante…

Ouf, une église ! São José. Elle est en partie refaite, les couleurs sont réussies, l’intérieur est chaleureux et reposant. Pas d’opulence, mais de belles peintures et une atmosphère de paix. Nous aimons ce lieu et assistons à l’office du dimanche. L’église est pleine, il n’y a plus une seule place, les gens restent debout jusque dans l’entrée. La ferveur religieuse est une caractéristique du Brésil. Les chants sont magnifiques, connus des fidèles et interprétés avec vigueur et entrain sur un accompagnement de guitare. Rien à voir avec nos messes de village désertées, où les mêmes cantiques tristounets sont mis à toutes les sauces. Pourquoi ces hommages à Dieu sont-ils ici si vibrants et si vrais ?

Autre poumon de la ville, un poumon vert cette fois : le parc municipal, où il fait bon se promener (voir photos).

Et puis le nouveau stade de foot ! Il faut savoir que Belo Horizonte est l’une des capitales du Futebal brésilien. On est forcément fan de foot ici et les chauffeurs de taxi nous ont demandé si on savait. Mais ouiiii ! On était au courant du match de qualification Brésil-Argentine pour le Mondial de 2018 à Moscou, où l’équipe de Naymar a enfoncé celle de Messi 3 à 0. Les Brésiliens n’étaient pas rassurés avant le match, car ils sont superstitieux et c’est là, à Belo Horizonte, qu’ils se sont ramassé la plus belle raclée de leur existence lors de la Coupe du monde de 2014 (1 à 7 contre l’Allemagne).

Comprendre trois mots de portugais, même pour parler foot, ça fait tout simplement plaisir !

La suite ? Salvador de Bahia >>> 1350 km et 23 heures d’ônibus…

19. Nossa Senhora do Pilar

Ouro Preto, un joyau dans la montagne

Ouro Preto, un joyau dans la montagne

Brésil

Après 8 heures de bus en direction du nord-ouest, nous voici transportés dans un autre siècle, charmés par Ouro Preto, cité coloniale aux rues pavées et pentues, sur lesquelles notre taxi s’élance hardiment en cahotant tellement qu’on se demande s’il ne va pas se disloquer dans l’instant.

Notre arrivée à l’hôtel semble cependant compromise. Tous les chemins qui y mènent sont barrés. Le chauffeur part à pied pour se renseigner, en revenant, il nous informe qu’il faut aller ailleurs. Pardon ??? On se demande dans quel traquenard on est tombés. Pas question de se laisser embobiner !!! Nous avons déjà réservé et payé depuis deux mois, nous voulons aller à l’hôtel do Teatro. Tout ça dans un portugais d’enfer. Le chauffeur se résigne. En empruntant une ruelle étroite et sinueuse, nous voyons qu’il faut attendre, il y a un attroupement, plein de gens silencieux, très silencieux. Un enterrement ? Soudain on nous invite à avancer fissa avec nos bagages. Après quelques pas, surprise : nous sommes tombés en plein tournage. Waouh, arrivée remarquée, applaudie, les spectateurs et les musiciens en profitent pour respirer, tousser, remuer avant la nouvelle séance d’enregistrement.

De notre chambre, nous embrassons un paysage vallonné, verdoyant, ponctué d’églises blanches et jaunes et, accompagnant ce panorama, une musique typique de la région s’élève alors que la foule retient son souffle.

Visiter Ouro Preto signifie être en bonne forme physique et avoir de bonnes jambes. Les ruelles très escarpées aux pavés inégaux musclent les cuisses, il faut être attentif aux voitures et aux bus qui prennent leur élan pour monter les côtes, laissant échapper des nuages de gaz asphyxiants à tomber à la renverse, mais rien ne nous décourage : les merveilles d’Ouro Preto en valent bien la peine et on grimpe facilement les côtes tous les deux.

Un peu d’histoire.

Ouro Preto signifie « or noir » en portugais. La légende raconte qu’un serviteur voulant se désaltérer dans une rivière aperçut des grains de métal noir. C’étaient des pépites d’or dans leur gangue de graphite noir. Ces gisements s’avérèrent les plus importants du Nouveau Monde ; c’est ainsi qu’Ouro Preto se trouva au cœur de la ruée vers l’or.

En 1711, la première ville, Vila Rica de Ouro Preto fut fondée et devint la capitale prospère de la région du Minas Gerais (« Mines communes », c’est-à-dire des mines dépendant de la Couronne portugaise), aujourd’hui l’un des états fédérés du Brésil plus grand que la France. L’or permit à la ville de se payer des artistes qui firent de la ville un joyau architectural magnifiquement conservé.

Une vingtaine d’églises baroques ponctuent le paysage. Notre hôtel se situe juste en face de l’Igrega (= église) Nossa Senhora do Carmo, qui doit sa façade à l’Aleijadinho, « Le Petit Estropié », sculpteur emblématique du Brésil qui, ayant perdu l’usage de ses membres, continua inlassablement son travail, marteau et ciseau ficelés à la paume des mains.

Nous évoquerons aussi l’Igrega Nossa Senhora do Pilar pour sa richesse et ses œuvres d’art : 434 kilos d’or et d’argent. Seule l’église São Francisco à Salvador da Bahia peut la concurrencer pour son opulence.

Au milieu du XVIIIème siècle, Ouro Preto comptait 110 000 habitants (parmi lesquels beaucoup d’esclaves), New York 50 000 et Rio de Janeiro 20 000. C’est dire l’importance de la cité ― classée aujourd’hui au patrimoine de l’UNESCO.

Dans le cadre des déportations massives de tribus africaines vers le Brésil, la légende de Chico Rei mérite d’être connue, en particulier des jeunes.

Lorsque les sites produisirent moins d’or et que les taxes versées à la Couronne portugaise devinrent insupportables, des Mineiros, sous l’influence de la Révolution française, se soulevèrent et créèrent un mouvement de contestation l’« Inconfidencia mineira ». La rébellion fut étouffée, les meneurs mis au cachot et l’un d’eux, Tiradentes (l’arracheur de dents pour ses talents de dentiste) fut exécuté à Rio de Janeiro, sa tête exhibée dans Ouro Preto, sa maison détruite et le sol recouvert de sel pour que rien n’y repousse.

Le 21 avril, jour de son exécution, est devenu la fête nationale brésilienne.

Mais il reste de cette époque toutes ces « Repúblicas », des échopes, des restaurants, des lieux-dits, la plus révélatrice étant « La República dos Sonhos » (la République des Rêves).

17. Le ponton B de a marina de Jacaré village

Jacaré et le Paraiba

Jacaré et le Paraíba

Brésil

C’est aujourd’hui le 21 avril, fête nationale du Brésil, date de l’exécution (en 1792) de Tiradentes, qui a contribué à l’émancipation de la lointaine colonie de la tutelle portugaise. 

Le Paraíba est un petit état brésilien situé sous la pointe orientale du continent sud-américain qui doit son nom au fleuve qui l’irrigue. Ici, nous sommes plus prêts de l’Afrique que des frontières sud ou ouest du Brésil. Pour vous donner une petite idée des distances, Manaus (en Amazonie) se trouve à 4500 km, Rio de Janeiro à 2400 et Porto Alegre à 3800 ! Il vaut mieux se déplacer en avion dans cet immense pays, à moins d’aimer très fort le bus et les courbatures provoquées par les longues heures de route.

Contrairement à 90 % des bateaux qui foncent au plus vite vers les Caraïbes, nous avons préféré faire une première traversée plus courte et bénéficier ensuite de l’alizé et du courant qui portent vers la Guyane et les petites Antilles.

C’est ainsi que nous sommes ainsi arrivés sur notre Mindelo à la marina de Jacaré, une marina fondée et gérée par des Français (Jacaré signifie crocodile, mais rassurez-vous, hormis quelques statues, les alligators ont déserté les lieux !).

Événement en navigation : en Amérique, les couleurs des bouées sont inversées : au lieu de laisser le rouge à bâbord et le vert à tribord, comme cela se passe en Europe, on fait l’inverse. Petit stress en arrivant devant l’estuaire : nous avions le soleil dans les yeux et n’arrivions pas bien à distinguer les couleurs des balises, mais Œil de Lynx (Nathalia) a vu clair et nous avons pu suivre le large chenal fluvial qui mène jusqu’à la marina.

Arrivant en fin d’après-midi, nous avons doublement joui du spectacle de la rencontre du fleuve et de l’océan dans la magie de la lumière, des courants, longeant l’île de La Restinga et découvrant l’étendue impressionnante de la mangrove qui abrite un eco-système d’une grande richesse.

Au moment de jeter l’ancre devant la marina, nous avons assisté AU spectacle de Jacaré, que nous connaissions par ouï-dire. Malgré la concentration qu’exige toute manœuvre, nous avons aperçu beaucoup de monde sur la rive et entendu le fameux saxophoniste jouer le Boléro de Ravel sur sa barque devant le coucher du soleil. Arrivée romantique quoi qu’on en dise, même si le kitch de la situation ne nous échappait pas.

Nous avons été contents de découvrir les belles installations de la marina spacieuse et aérée, qui offre l’ombre et la fraîcheur qu’on apprécie tant dans ce pays chaud, parfois très chaud !

C’est là que nous goûtons, la nuit tombée, notre première caïpirinha, la boisson brésilienne par excellence à base de rhum et de citron vert alcooliques s’abstenir ! On aime les bons plats cuisinés par Nicolas, la lavandière qui aime ce qu’elle fait et les rencontres ou les retrouvailles : Nathalie et Philippe sur leur nouveau Sun Magic, rencontrés à Monastir il y a longtemps, Leymi et Louis sur Mora-Mora, vus aux Canaries à El Hierro et aussi à Mindelo, Yves sur son Petit Monstre, Patrick le bruxellois, qui a déjà navigué autour du monde, Imelda et Philippe sur Pilhaouers, Anne et Stéphan, d’autres bruxellois, sur leur superbe Garcia 64, qui arrivent de Cap town, et beaucoup d’autres encore. Jacaré se trouve en effet au confluent des routes Europe/Brésil, Afrique du Sud/Caraïbes, Argentine/Caraïbes, et rares sont les bateaux qui n’y font pas une halte, plus ou moins longue.

Pour nous protéger du soleil et de la pluie, qui alternent ici durant l’automne austral, nous nous sommes fait confectionner deux tauds. Christoph, le sailmaker allemand du Rio, est rapide, soigneux et pratique plutôt une tarification européenne. C’est assez réussi, mais, après quelques pluies très abondantes, il a fallu revoir la tension. La saison des pluies a en effet commencé (il y a heureusement d’assez longues interruptions) et, certains jours après la mi-avril, il était difficile de descendre à terre, tant les averses étaient serrées.

João Pessoa, la capitale de l’état du Paraíba, une ville de près de 800 000 hbts, est à l’échelle du Brésil, une petite ville (São Paulo compte 12 millions d’âmes !). Comme beaucoup de villes brésiliennes qui doivent faire face à un exode rural important, la ville est en pleine mutation : de vieux immeubles témoins d’un autre temps et voués à la démolition côtoient des bâtiments modernes, de très belles églises et un quartier résidentiel Tamb, où des tours à l’américaine poussent comme des champignons.

Pour terminer, Jacumã, la dernière étape de notre voyage à Recife (ce sera notre dernier reportage). Notre petit hôtel face à l’océan.

9. Vila dos Remédios, la grande ville, palacio de Sao Miguel

Fernando de Noronha, le prix du rêve

Fernando de Noronha, le prix du rêve

Brésil

Petit archipel rattaché à l’état de Pernambouc, les îles Fernando de Noronha sont posées sur l’eau à moins de 4° au sud de l’équateur et à environ 400 km du phare de Calcanhar, celui qui marque la pointe NE du Brésil. Là, la température de l’eau flirte avec les 30°, à peine moins que la température de l’air et, quand il pleut et qu’on se baigne, on ne ressent aucune différence !

Îles de rêve, paysages grandioses, plages paradisiaques, eaux turquoises, sable limpide, animaux protégés, pression touristique limitée, des plongées à couper le souffle, tortues, requins, dauphins… En un mot, les Galapagos de l’Atlantique !

Tout n’est pas rose cependant. On est taxé, énormément taxé. Dans ce lieu qu’on affirme vouloir préserver, l’écologie permet tous les excès, alors qu’elle n’est pas au top sur tous les points.

Exemple : Pour avoir le droit d’ancrer, sans bénéficier de la moindre protection, nous avons payé 680 R$ (soit 170 €) pour 3 jours, beaucoup plus que pour s’abriter dans une marina de l’Atlantique parfaitement équipée. Oui mais, il n’y a aucune bouée à notre disposition (celles qui existent sont squattées par les locaux) et nos ancres labourent les fonds. Qui se soucie de l’environnement ?

Autre exemple : Une taxe environnementale de 454 R$ (soit 114 €) est perçue pour 4 personnes, mais le moyen de transport local est le buggy, un truc à grosses roues qui pétarade tous azimuts et doit consommer autant qu’un tracteur, et il y en a à la pelle. Aucun véhicule électrique. Souci de l’environnement ?

Quand on a payé 284 € pour à peine 3 jours, on se dit qu’on va pouvoir jouir des trésors de l’île. Que nenni ! Les fameux trésors sont inclus dans un Parc national marin clôturé et gardé par une pléthore de fonctionnaires zélés, et vous devez vous acquitter encore de 178 R$ par personne (soit 45 €) pour entrer (2 ou 10 jours, c’est le même tarif), ce qui porte la facture totale pour un séjour de 3 jours pour 4 personnes à plus de 460 €, juste pour avoir le droit d’être là. Alors, nous avons oublié le Parc, ce qui vous prive sans aucun doute de belles photos.

Le percepteur de ce lot de taxes s’excuse (ou fait semblant de s’excuser) de nous demander autant ; il n’y peut rien, nous explique-t-il, il fait son boulot…

Vous l’avez compris, malgré la beauté des lieux, mieux vaut ne pas s’éterniser ici et, si vous rêvez d’un lieu de vacances sous les tropiques, vous en trouverez de bien moins onéreux. D’ailleurs, beaucoup l’ont compris : nous n’étions que 3 voiliers au mouillage et, lorsque nous sommes partis, il n’en restait qu’un seul.

De telles pratiques ne mettent-elles pas cause la survie de ces îles ?

En complément le blog de Nathalia et Vincent (en train de parcourir le Brésil), qui vous ramènera quelques semaines en arrière.

1. Sur le billet de 2000 escudos le portait de Cesaria Evora, le chantre de ce pays

De retour à Mindelo

De retour à Mindelo

Archipel du Cap-Vert

Ce pays (Ess pais)

Viens faire la connaissance de notre petit Mindelo

Viens et apprécie notre pays

Viens au paradis des amoureux

Que nos poètes chantent avec amour

En vers créoles langue immortelle

Celui qui ne connaît pas Mindelo

Ne connaît pas le Cap Vert

Apprécie le sens de l’accueil

De ce pays ouvert comme aucun autre

Nous ne sommes pas riches

Nous n’avons ni or ni diamants

Mais nous avons la paix de Dieu

Qui n’existe nulle part ailleurs au monde

Viens connaître notre pays

Chanson de Cesaria Evora (1941-2011), chanteuse originaire de Mindelo

Nous retrouvons Mindelo six semaines l’avoir quitté pour aller visiter d’autres îles du Cap-Vert. L’alizé qui était très au nord à notre arrivée nous a contraints à naviguer au près bon plein contre un vent apparent de 25 à 35 nds, qui s’est encore renforcé à l’approche du canal séparant São Vicente de Santo Antão (55 nds), que nous avions embouqué par le sud suite à une mer agitée et une dérive importante.

Les voiliers en attente sont peu nombreux : beaucoup ont déjà pris la route des Caraïbes, quelques-uns celle du Brésil.

Bientôt, ce sera notre tour, probablement le 10 mars. Cap au SSW pour parcourir en une dizaine de jours les 1320 MN qui nous séparent des îles brésiliennes de Fernando de Noronha, où nous nous arrêterons quelques jours, avant de rejoindre l’état du Paraíba. Au menu, brises légères et le fameux Pot-au-noir (en termes savants : zone de convergence intertropicale), cette zone de turbulence au nord de la ceinture équatoriale, où le vent est inconstant et souvent inconsistant.

Nous quittons le Cap Vert où nous sommes arrivés le 26 décembre, emportant avec nous le souvenir de belles rencontres : Popeye, notre vaillant vaudois, qui s’est ancré pour longtemps à Mindelo, Mizé, la capverdienne qui a la danse dans le sang (pléonasme) et sa ravissante petite fille Alicia, Christopher, l’Américain tout en verve et de bonne humeur, parti, après bien des déboires, pour une longue traversée vers l’île de St Thomas aux Caraïbes, avec son chien Bluebell, Nicolas et Katell, les Bretons rencontrés à Boa Vista, que nous reverrrons peut-être au Brésil, le groupe de maiotais dont nous vous avons déjà parlé…

À bientôt, sur l’autre rive, à la découverte de l’Amérique.

Pour les djeun’s et les moins jeunes un petit film drôle « Questions pour un moussaillon », tourné et réalisé par nos équipiers Nathalia et Vincent : c’est ici.

7. Vila do Maio, l’église

Maio, une île qui n’a l’air de rien

Maio, une île qui n'a l'air de rien

Archipel du Cap-Vert

Les îles sous le vent (ilhas de sotavento) sont au nombre de quatre et elles sont situées au sud de l’archipel : il s’agit de Maio, Santiago, Fogo et Brava. Nous laisserons de côté Fogo et Brava, afin d’éviter d’avoir à accomplir un parcours au près en revenant sur Mindelo, notre point de départ pour le Brésil, et irons ensuite vers Praia, la capitale du Cap Vert, puis vers Tarrafal de Santiago.

La première île que nous abordons est Maio, après une traversée de 66 MN (environ 11 heures) depuis Sal Rei (île de Boa Vista). Nous jetons l’ancre devant Porto do Maio, derrière la digue sur pilotis, à côté d’un ketch suisse jaune qui appartient au propriétaire d’une des paillotes restaurants posées sur la plage. Avec le vent du nord, la protection n’est pas parfaite, le bateau danse un peu, mais la houle n’est pas trop dérangeante… du moins, au début.

Maio est une île de plages à l’écart des sentiers battus, pauvre, occupée en majorité par les descendants des victimes de l’esclavage (en 1856, plus de 40 ans après le Congrès de Vienne, y vivaient encore plus de 400 esclaves), une petite île où il n’y a que 6000 hbts et très peu de touristes. Elle souffre de sa proximité avec la grande île de Santiago, plus peuplée, plus massive, plus verte, au relief plus varié.

Vila do Maio (ou Porto Inglés), « la grande ville », se mérite. Nous y accédons avec notre petite annexe, en calculant la vague qui nous jettera sur la plage, sans que nous soyons copieusement douchés. En repartant, si on se laisse surprendre par une déferlante, on remplit l’annexe et on se retrouve les quatre fers en l’air. Tout un art…

En fin de séjour, vu la puissance des vagues qui s’écrasaient sur la plage, il n’était plus possible d’accoster en annexe. Pedro venait nous chercher et, via un ponton flottant et en nous accrochant, nous arrivions sur le petit môle sur pilotis.

Vila do Maio est une petite bourgade soignée. Le front de mer est en travaux, les habitants y travaillent avec des seaux, des pelles et des pioches, et la nouvelle promenade de bord de mer est très réussie. Rien ne traîne par terre, comme souvent ailleurs. Il y a juste un lotissement balnéaire, en attente de fin de construction, qui gâche un peu le paysage ; mais on veut être confiant dans l’avenir.

Pour le calme et la tranquillité, difficile de trouver mieux. Une atmosphère familiale règne dans les rues pavées ; une poule, entourée de ses poussins, gratte le sol à la recherche de quelques grains ; les chiens dorment paisiblement à l’ombre : les gens sont affables et souriants, leur sourire empreint de charme et de gentillesse ; les enfants nous font un petit signe de la main ou viennent nous dire bonjour, sans demander quoi que ce soit.

Ici, nous avons eu le plaisir de faire la connaissance de Martin le Suisse et de Caroline la néo-zélandaise, des navigateurs qui ont posé leur sac à Maio et gèrent une paillote et une ferme ; d’Alex, l’architecte italien sculpteur à ses heures, dont la maison est une tour à large socle érigée autour d’un arbre et qui nous a cuisiné un excellent dîner ; de Daniel, l’écrivain français ancien prof’, qui se fait construire une superbe villa sur le front de mer, avec qui nous avons pris quelques apéros ; de Hans Peter, le bavarois loueur de gîtes qu’il a bâtis de ses mains ; de Matthias, son ami dentiste à Bamberg, que nous avons ramené à Praia ; de Sarkti, l’informaticien italien membre d’une communauté religieuse ; de Pedro, un capverdien qui sait manier sa barque dans les vagues…

Pour nous, Maio, comme Santo Antão, mérite 3 étoiles, pour des raisons évidemment très différentes.

2. L’aldeia Jerome, notre logement d’un soir

Santo Antão la belle

Santo Antão la belle

Archipel du Cap-Vert

En face de São Vicente, à une heure de ferry de Mindelo, Santo Antão la belle. Nous prenons un aluguer (un taxi collectif) jusqu’à notre logement à Ribeira de Paúl (Aldeia Jerome) entouré de bananiers et de plants de canne à sucre.

Auteur de livres pour enfants dans le civil, Orazio, le propriétaire, est un admirateur de Jerome K. Jerome, que les apprentis anglicistes ont connu (dans un autre temps, peut-être) à travers son œuvre « Trois hommes dans un bateau » ; « il a attribué à ses chambres des noms évocateurs qui ne laisseront pas indifférents les amateurs de voyages et d’aventures venus parcourir l’une des plus belles vallées du Cap Vert » (d’après son site).

L’île de Santo Antão est un bonheur pour les randonneurs qui ont des gènes de mulets. Partout des falaises accores qui surplombent l’océan, des abîmes vertigineux, des pics affûtés, des gouffres insondables, des routes pavées s’élevant en lacets serrés vers les sommets ou descendant vers les rares bandes côtières où déferle la houle puissante de l’Atlantique, l’ensemble dans un écrin de verdure qui tranche avec les collines pelées de l’île voisine de São Vicente (Mindelo).

L’exploitation touristique et le niveau de vie sont à la mesure du caractère grandiose du site. Mais une randonnée sur cette île montagneuse ne s’oublie pas !

El Hierro, l’île du bout du monde

El Hierro, l'île du bout du monde

Canaries - Espagne

Vous êtes à la recherche de calme et de silence ? Vous les trouverez sur le rocher basaltique de El Hierro, la plus petite île des Canaries (hors La Graciosa), l’île du bout du monde, comme l’appelaient les Espagnols, la plus à l’ouest et la plus au sud des terres émergées d’Europe.

Trois caractéristiques de l’île :

+ Au IIème siècle, le méridien de El Hierro a été choisi par Ptolémée, en tant que terre connue située la plus à l’ouest de l’Europe, comme méridien zéro, c’est-à-dire l’arc de cercle à partir duquel on mesure la longitude, et elle servira très longtemps de méridien de référence.

+ En septembre 2011, une éruption volcanique sous-marine s’est produite au sud de l’île (niveau d’alerte rouge, zone d’exclusion maritime). Tout est redevenu normal aujourd’hui.

+ El Hierro est devenue presque auto-suffisante en énergie grâce à une centrale hydro-éolienne inaugurée en 2014.

Des détails ici.

Arrivés de nuit au port de La Estaca sur la côte nord-est de l’île, nous sommes agréablement surpris d’être accueillis sur des pontons flambant neufs par la seule personne présente dans la petite bourgade, un brave policier marinero qui s’occupe à la fois du débarquement du ferry et de la gestion de la petite marina. Les pontons ont été mis en service quelques semaines auparavant et nous sommes pratiquement le seul voilier à l’occuper, le reste de la marina étant dévolu aux pêcheurs.

Par vent d’est, il y a pas mal de ressac, ça remue et les amarres grincent toute la nuit, car la chicane d’entrée est mal conçue. Le lendemain, bricolage nécessaire pour installer un nouveau chaumard (c’est par là que passent les amarres) et mettre en place une toile d’araignée destinée à contenir les coups de rappel brutaux de la houle.

Le port de La Estaca est situé au bas d’une montagne noire et les habitants de Valverde, la capitale de l’île située tout en haut, en parlent comme du « muelle » (le môle), car il n’y a rien d’autre que ce petit hâvre mal protégé, financé à 85 % par l’Union européenne et flanqué d’une immense gare maritime qui aurait pu convenir à une ville de 50 000 habitants.

Au nord de La Estaca, la petite station balnéaire de La Caleta avec ses bassins bleus remplis d’eau de mer ; de l’autre côté de l’île le Charco Azul, une piscine naturelle creusée par la mer dans la roche et accessible par des sentiers escarpés ; au-dessus de La Frontera, la petite chapelle « la Candeleria » financée par des Canariens de Cuba en 1957, elle-même dominée par un escarpement abrupt de falaises volcaniques qu’une route en lacets relie au centre de l’île ; à l’extrême ouest, le phare d’Orchilla, le phare du bout du monde ; en allant vers le sud, une magnifique forêt de pins qui pourraient être vosgiens et qui a donné son nom à la petite ville attrayante de El Pinar.

Tout au sud de l’île, La Restinga, ravissant petit port riant, coloré et vivant, qui est souvent le point de départ des voiliers vers le Cap Vert, le Sénégal ou les Caraïbes. Pas facile de s’y loger, mais, avec l’aide des uns et des autres, nous finissons par y trouver une place à l’extérieur d’un ponton. Amarrage renforcé de rigueur, car il arrive que la houle s’y invite et une grosse dépression occupe l’Atlantique nord en ce moment.

Ciel bleu, ensoleillé, 26°9 dans le bateau ce matin. Hier, dans le bus, les enfants de La Restinga (qui nous ont crevé les tympans) avaient des dessins représentant des bonshommes de neige…

Départ vers Dakar probablement le lundi 21 au matin : l’anticyclone des Açores revient progressivement à sa place et nous offre un vent d’ENE à NE de 20 nds, qui devrait nous pousser jusqu’au Sénégal. Durée de la traversée : environ 6 jours. Noël en mer, de toute façon ; une première.

Joyeuses fêtes de fin d’année à tous !

 23. Puerto Tazacorte, couleurs du soir

Navigation entre les îles canariennes

Navigation entre les îles canariennes

Canaries - Espagne

Le carénage et les petits travaux habituels devaient être effectués à Talliarte, au sud de Las Palmas. Malheureusement, un bateau nous a piqué la place que nous avions réservée et s’y est incrusté. Alors, nous avons continué vers l’ouest.

Las Palmas < Santa Cruz de Tenerife, 52 MN, ça n’a l’air de rien ; mais, cette fois, ça n’était pas une sinécure ! La remontée de l’isleta au nord de Gran Canaria a débuté par les cris de joie de Nathalia : « C’est cool, on se dirait sur le grand huit ! »

La belle attraction dans un alizé de 25/30 nœuds plein nord, une houle traversière et des creux de 4 m, parfois 5, s’est prolongée. Vincent est passé du jaune au vert, mais il a beau avoir le mal de mer, il reste positif et optimiste pour l’avenir, et il a bien raison.

L’arrivée à Tenerife a été un peu sportive : plus de pilote (il a fallu barrer les derniers 20 milles) et le lecteur de cartes-GPS (tout neuf, merci Raymarine !) s’absentait souvent (il a fallu écarquiller les yeux pour apercevoir, au milieu des nombreuses lumières de Santa Cruz, les feux de digue).

À Santa Cruz, un tour au mercado de Nuestra Señora de Africa s’imposait ; nous avions envie de fruits et de légumes et sommes entrés dans une boutique où nous avons fait notre plein : avocats, courgettes, aubergines, tomates, mangues, bananes, papayes, fruits de la passion, ananas, poires, melons, oranges, nos yeux s’en régalaient et tout a été délicieux. Nous avons dégusté de belles courgettes farcies préparées par Nathalia et Vincent.

Nous avons profité de la marina pour briquer Mindelo : les deux jeunes ont nettoyé le cockpit à fond, les coussins sont lavés, tout est nickel, c’est le luxe !

De Santa Cruz de Tenerife à Tazacorte sur l’île de La Palma, la plus à l’ouest des îles Canaries, 126 MN, 26 heures de mer. L’organisation des quarts a été scrupuleusement respectée, première expérience d’une nav’ un peu plus longue que les autres. Le Stugeron avalé suffisamment tôt (médicament contre le mal de mer vendu dans la plupart des pays européens mais indisponible en France, allez comprendre pourquoi), une navigation plus calme aussi sous génois et artimon, et Vincent a retrouvé son optimisme et vaincu son mal de mer. Première victoire, youpi !

La Palma est l’île la plus verdoyante (normal, elle reçoit en premier les pluies venant de d’ouest). La caldera de son volcan principal est l‘une des plus grandes au monde (27 km de circonférence pour une profondeur allant jusqu’à 1500 m) et les scientifiques pensent que, lors de la prochaine éruption volcanique, dans 2 jours, 6 mois, 30 ans ou 150 millions d’années, une grosse partie de l’île s’effondrera dans l’océan et provoquera un tsunani gigantesque qui balaiera les côtes américaines. Mais les experts sont en désaccord sur les conséquences d’un tel glissement de terrain.

C’est demain que Mindelo sera sorti de l’eau pour le carénage.

Ensuite, dernière destination canarienne : l’île de El Hierro.

Nous vous embrassons et vous souhaitons du courage pour venir à bout des dernières semaines.