Auteur :michele
Dernières images de Guadeloupe
Antilles
Voir aussi nos articles des 5, 9 et 16 mars 2018 ci-dessous.
Un petit tour à Marie-Galante. Traversée rapide sous génois et artimon des 20 MN qui séparent l’île ronde (Marie-Galette) de la Caye d’Argent (Pointe-à-Pitre).
Contrairement aux Saintes, dont le site attire de très nombreux touristes, Marie-Galante offre un visage paisible, bucolique, plein de charme. La baie de St Louis peut abriter de nombreux bateaux et l’atmosphère y est familiale. On se retrouve Chez Henri au bord de l’eau ou Chez Judith dans la rue principale, et on parle devant un planteur, un ti-punch ou une bière de… navigation, de la houle, du vent, des croisières passées ou à venir.
Promenade vers le nord jusqu’à la très belle plage de l’anse Canot, où la houle ne permet le mouillage que par alizé modéré.
Au retour, nous sommes allés en voiture à Ste Anne et à St François, sur la côte sud de la Guadeloupe exposée à la houle. Les passes, il vaut mieux les connaître et les pratiquer par beau temps, car elles sont parfois encadrées de rouleaux peu avenants. Des plages se trouvent derrière les barrières de corail et, à St François, un port de plaisance, dans lequel on ne doit pas pouvoir pénétrer tous les jours.
Pour en savoir plus, c’est ici.
Au musée des Beaux-Arts de St François, un petit musée de 5 salles qui donne sur la marina, l’accent est mis sur les artistes Guadeloupéens, parmi lesquels Guillaume Guillon Lethière, né à Sainte-Anne en 1760 et mort à Paris en 1832, dont les œuvres sont aussi exposées au Louvre ou à St Pétersbourg.
Située à la pointe SE de la Guadeloupe, la Pointe des châteaux offre un magnifique panorama sur la Désirade (cette île longiforme appelée ainsi par Christophe Colomb lors de son 2ème voyage en 1493, parce que c‘était la première terre aperçue depuis les Canaries), les îles de Petite terre, Marie-Galante et la Dominique. L’océan y jette ses lourdes vagues formées par l’alizé sur des milliers de milles.
Notre retour vers le Lagon bleu était aussi notre dernier bord sur Mindelo, que nous avons cédé à Nolwenn et à Alexis qui vont entreprendre une traversée du Pacifique. Après 16 années de compagnonnage et des dizaines de milliers de MN parcourus, ça fait tout de même quelque chose de l’abandonner… Mais nous sommes heureux de savoir qu’il continuera de naviguer autour du monde en bonne compagnie et ne restera pas échoué dans une vasière.
Bon vent à notre vaillant destrier et à ses nouveaux propriétaires enthousiastes !
PS : Pour des raisons personnelles, Nolwenn et Alexis ont dû renoncer à leur projet et, 4 années plus tard, nous avons retrouvé Mindelo à Las Palmas, aux mains d’un nouveau propriétaire, Gaétan, officier de marine, avec qui nous avons passé un bon moment à bord.
St Barth, l'île des nantis
Caraïbes
Son nom lui vient du nom du frère de Christophe Colomb, Bartolomeo.
10 000 hbts, des descendants de Normands pour beaucoup, et des privilégiés. Le sommet de l’île n’atteint pas 300 m, mais le relief, très tourmenté, oblige les routes à des contorsions étonnantes et à des déclivités brutales. La partie occidentale n’est même desservie que par un sentier abrupt en corniche, où le promeneur joue souvent les équilibristes.
Saint-Barth, c’est l’île des ultra-fortunés, où les villas de luxe poussent comme des champignons et s’incrustent avec plus ou moins de bonheur dans un merveilleux paysage de mornes (collines) en voie de saturation, où les rues sont impeccablement entretenues, les traces du cyclone Irma effacées depuis longtemps, mais où tout se paie au prix fort.
Pour se faciliter la vie, on a classé toute l’île en « réserve naturelle marine ». Comme il y a des rochers un peu partout, les quelques aires de mouillage (payantes, il va sans dire, qu’on soit sur bouée ou à l’ancre) sont peu nombreuses et ne sont pas toujours d’accès facile.
Gustavia, la capitale, a hérité son nom du roi de Suède, parce que l’île a appartenu un temps aux Suédois ; les rues ont conservé une double dénomination, française et suédoise (un retour au passé, comme partout). C’est le mouillage le plus vaste et le plus commode pour visiter ou faire ses emplettes (pas trop, les boutiques de luxe abondent !), mais les bouées sont squattées sur de longues périodes par des CDD qui ne trouvent pas de logement à un prix décent et vivent sur des bateaux cyclonés. Derrière, ça remue pas mal et, quand le vent tourne au SE et que la houle vient prendre les bateaux par le travers, il vaut mieux fuir vers l’anse de Colombier, loin de toute cette richesse — si ce n’est la villa Rockefeller qui la domine depuis 1957 — mais sauvage et orientée à l’ouest ; on y trouve une très belle plage et une douzaine de bouées qui semblent être de bonne tenue.
De là, pour rejoindre le reste de l’île, on emprunte, jusqu’à la baie des Flamands, un sentier étroit et pierreux qui serpente au-dessus d’une côte sauvage, encore épargnée. Ensuite, course en taxi à 25/30 € + le retour. Location de voiture ou de scooters possible à St Jean (Hertz, Sixt…) ou à l’aéroport. En revanche, pas de voitures ou de vélos électriques, comme aux Saintes. À St Barth, on n’a pas trop la fibre écologique.
Le tarif pour mouiller devant Gustavia ? Longueur x largeur x 0,20 € par jour, soit environ 11 € pour un monocoque de 13 m ; moins cher dans l’anse de Colombier : 0,80 € par personne et par jour. On peut remplir le formulaire d’entrée/sortie sur le site de la capitainerie ; de toute façon, on s’y rend pour payer son dû.
Ah, j’oubliais : la maison de Johnny est à vendre au prix de 14,5 millions de $. Et notre voisin de mouillage (le yacht de 96 m) est Leslie Wexner, celui qui, chaque année, vend pour 12 milliards de $ de lingerie féminine sous la marque Victoria’s secret.
Enfin, vous l’avez compris, St Barth c’est un tout petit bout de France sur une autre planète. Curieux, nous n’avons pas vu un seul « gilet jaune »…
Pour en savoir davantage : site du journal
Entre Martinique et Guadeloupe
Caraïbes
Voir nos articles de janvier, février et avril 2018 sur la Martinique et de février et mars 2018 sur la Guadeloupe, Marie-Galante et Les Saintes.
Avant d’aborder les « terras incognitas », c’est-à-dire, pour nous, les îles du nord de l’arc antillais, nous repassons par des lieux bien connus.
En Martinique : les anses d’Arlet (la Grande cette fois-ci), l’anse Mitan, la marina de l’étang Z’abricots, Saint-Pierre.
En Guadeloupe : les Saintes, la marina du Bas-du-Fort à Pointe-à-Pitre, Deshaies.
Juste avant le Nouvel An, la Grande anse d’Arlet est bourrée de bateaux venus du Marin, de Fort-de-France ou d’ailleurs. Le magnifique champ de bouées sur lequel est censé régner la capitainerie (eh oui, il y en a une !) n’existe pratiquement plus, une tempête a dû passer par là, à moins que ce ne soient les Gilets jaunes locaux, mécontents de voir toutes ces bouées, et tout le monde est à l’ancre.
Pour accomplir la clearance, il faut parcourir environ 4 km à pied AR jusqu’à la Petite anse et un local dissimulé sur le bord de mer appelé « Cyberbase », une réminiscence du passé sans aucun doute (3 € pour la photocopie de la déclaration sur ces fameux ordinateurs des douanes dont le logiciel doit dater de Napoléon).
Quant aux restaurants, les meilleurs (selon Tripadvisor) sont fermés au réveillon du Nouvel an. Restent les pas vraiment bons : la serveuse de Bidjoul devrait changer de boulot, tant ça lui pèse de servir les clients, et le cuisinier…
L’Anse Mitan, à côté de la presqu’île dite Pointe du Bout, donc en face de Fort-de-France, serait agréable si les pilotes des navettes ne mettait pas un point d’honneur à arriver et à repartir plein gaz pour semer la tempête sur le plan d’eau.
Le restaurant T-Taurus, juste à côté de l’appontement, offre une cuisine très convenable et les serveuses y sont avenantes.
À l’opposé de la Pointe du Bout, où le village créole, les appartements de vacances, la marina et les plages maintiennent une animation de quartier sympathique, la bourgade des Trois-Îlets donne l’image d’un lieu morne et désert, que la vie semble avoir abandonné depuis longtemps. Quelques sculptures renvoient à la réalité de l’esclavage.
À la marina de l’étang Z’abricots, comme il y a eu un changement de gestionnaire, avoir un contact et tomber sur celui qui peut décider relève souvent du tour de magie. Autres solutions : s’arrêter devant la marina (il y a des bouées), y aller en annexe et tenter de rencontrer la personne qui peut décider ou bien appeler sur le 9 et entrer.
Contact, si rien ne change : +596 596 75 11 57 ou +596 696 92 21 06 (Denis) ; email = portdeplaisanceezab@cacem-mq.com
Ordinateur pour clearance disponible.
La marina est située dans une zone en cours d’aménagement où les immeubles poussent comme des champignons ; le bus 211 y a son terminus et la ligne conduit au centre de Fort-de-France. Les taxis, qui viennent de Fort-de-France, imposent des tarifs parisiens : 26 € pour revenir du Leader price situé à 3 km. Le cadre aux abords de la mangrove est agréable et les installations sont neuves, le bâtiment du nouveau restaurant est déjà sorti de terre et une extension vers le port de commerce est prévue. Station service et bouées à l’extérieur.
Arrêt d’une nuit à Prince Rupert bay au nord de l’île de la Dominique (encore une fois sacrifiée) et arrivée aux Saintes, île guadeloupéenne. Mouillage sur bouée derrière le Pain de sucre (13 € par jour pour un 13 m). Ordinateur pour clearance disponible chez LSM, le loueur de bouées à Terre-de-Haut, pour 2 €. Site toujours aussi exceptionnel qu’on peut contempler d’en haut, juché sur un puissant vélo électrique à gros pneus, capable d’avaler des routes ultra-pentues pour 20 €/jour.
Nos amis de Mora-Mora, qui étaient revenus d’Uruguay sans casse, ont eu la surprise de voir grimper à leur bord, entre Dominique et Saintes, un trimaran de 11 m tout entier. D’insouciants Normands, bâbord amure, fonçaient sur les flots bleus, sans trop regarder devant eux. Que des dégâts matériels (importants tout de même) ; mais la mer des Caraïbes, sillonnée par de gros multicoques toujours pressés, peut réserver de mauvaises surprises.
Notre électro-pilote ayant déversé son huile rouge dans un coffre de la cabine arrière et nous ayant laissé le soin de conduire le bateau (ce que nous avions un peu oublié), il nous fallait aller à Pointe-à-Pitre, à la marina du Bas-du-Fort, là où arrive la Route du Rhum tous les 4 ans. Une chance : prise en charge rapide et remise en état du vérin du pilote par l’équipe de Fredmarine, agent Lecomble & Schmitt.
Prix de la marina : 31 €/jour. On peut aussi rester 10 jours (en les segmentant ou non) pour 250 €. Marineros sympa et compétents. Clearance sur ordinateur : 3 €.
Pour terminer, halte d’une nuit à Deshaies, l’ancien repaire de Coluche sur la côte sous le vent de la Guadeloupe, avant de voguer vers de nouveaux rivages.
Les Grenadines : Carriacou, Tobago cays, Mayreau
Caraïbes
Voir nos articles de décembre 2017 sur Carriacou, les Tobago cays, Mayreau et Canouan.
Tyrell bay sur Carriacou, la Grenadine grenadienne (avec Palm island et la petite Martinique), est toujours très occupée, car il y a deux chantiers nettement moins onéreux que le chantier du Marin : l’ancien à droite et le nouveau à gauche. D’après les ouï-dires, aucun des deux ne semble démériter.
PS : L’île a malheureusement été dévastée par l’ouragan Beryl en juillet 2024 et les chantiers ont été percutés de plein fouet. Voir ici.
De l’autre côté du mont St Louis, la « capitale » de l’île, Hillsborough et son marché coloré.
Comme il est gai le cimetière, même abandonné par les humains !
Oubliées les fleurs artificielles comme en Martinique. Les tombes semblent disséminées au hasard, les mauvaises herbes sont roses et fleurissent joyeusement un peu partout, il y a de la vie, un mouton qui bêle, un agneau qui gambade entre les tombes et appelle sa maman. Pas de mur d’enceinte, mais des buissons, des arbres, certains de taille majestueuse comme ce manguier qui étend son ombre sur un petit groupe de sépultures au bord de la route.
Les Tobago cays, ces quelques îlets perdus dans une vaste enceinte corallienne, où, faute de balises, on s’aventure en suivant les chenaux dessinés sur la carte, sont toujours aussi enchanteurs. Mouillés entre Petit Bateau et Petit Rameau, nous regardons les bateaux charter passer et déverser leurs passagers dans l’unique restaurant de l’île, dont la spécialité est évidemment la langouste, et nous finissons par nous laisser attirer par un boat boy sur la rive (prix 80 EC$ par personne + boissons).
Ici, le vent souffle toujours et il y a du courant, lorsque la marée remplit ou vide le lagon, dont les bords sont ourlés de l’écume de la houle d’alizé qui s’y heurte. Les couleurs passent par tous les bleus inimaginables.
Mayreau, la petite île située juste en face des Tobago cays, a du charme et est rattachée en partie au Tobago cays marine park. Un gros village, une église sur les hauteurs, un panorama splendide sue les cays et une anse paradisiaque au nord (Salt whistle bay) qui coûte assez cher (60 EC$ par jour pour une bouée + 20 pour les boat-boys contre 30 EC$ pour l’ancrage aux TC).
Saline bay, au pied du village Old Wall un peu plus au sud, offre une alternative encore gratuite.
St Vincent exploite consciencieusement ses Grenadines, en s’appuyant sur les flottilles de catamarans qui déferlent en ligne droite de la Martinique. La question pour eux est de savoir jusqu’où ne pas aller trop loin, car le temps imparti aux vacances est limité.
Autres visages de Sainte-Lucie
Caraïbes
Voir notre article du 08.01.2018 sur Sainte-Lucie. Nous ne répéterons pas ici tous les lieux que nous avons fréquentés la saison dernière, sauf pour y ajouter éventuellement des compléments ou des éclairages différents.
Rodney bay, une escale quasi obligée avant de rejoindre la Martinique. Ça se veut haut de gamme (les tarifs de la marina, dissuasifs, n’aident pas au remplissage), mais on sert des bières en bouteille à boire au goulot, la fameuse « Piton », une bière locale pas vraiment goûteuse, les serveurs sont indolents et il n’est pas facile de trouver un spot wifi qui fonctionne. Le 17 novembre, il y avait même un black-out total sur le nord de l’île. L’ARC (le rallye transatlantique), qui déverse ses 300 bateaux fin novembre, a gâté les consciences. Au mouillage, on subit les vagues des bateaux à moteur qui sortent du chenal en accélérant.
Seuls points positifs : la proximité de la Martinique, la protection de la baie ou de la marina et la facilité avec laquelle on peut effectuer les formalités (40 EC$).
Castries, la capitale située à 20 km, est accessible par un petit bus (2,75 EC$ le trajet). La ville doit son nom à un ministre de la marine et des colonies de Louis XVI, dont la statue trône dans les jardins King Georges V. La ville vue sur mer offre l’image d’un immense bassin vide, hors un paquebot américain à quai. Le reste est hétéroclite : des masures côtoient des buildings ou des maisons coloniales ou néo-coloniales. Taïwan semble s’être imposé comme sponsor n°1.
Les Pitons, deux cônes de 7 à 800 m de hauteur, situés dans un parc maritime classé par l’UNESCO et situé au SW de l’île, sont les symboles de Sainte-Lucie. On doit y payer les services d’un boat-boy pour amarrer le bateau sur bouée en face du bourg (généralement 20 EC$), puis les rangers de la SMMA (Soufriere marine management area), qui contrôle la réserve marine, déboulent pour encaisser la nuitée (54 EC$). C’est presque aussi cher qu’une marina, mais le cadre est pittoresque. Seul bémol : la houle d’est qui contourne l’île par le nord peut provoquer du roulis.
Les boat-boys gagnent leur vie en allant chercher les bateaux qui passent très loin au large (6 ou 7 km de leur base, parfois). Il leur arrive de se disputer une proie, mais, dans l’ensemble, ils ont un comportement amical, qui n’a rien de comparable à ce que j’ai pu lire sur d’autres blogs.
Quelques attaques et vols dans les années passées, un crime même en 2014, ont détourné nombre de plaisanciers de ces lieux considérés comme mal famés. Mais on continue de visiter Marseille ou Rio, malgré les règlements de comptes qui ont lieu en pleine rue, et il semble que le gouvernement saint-lucien ait pris les choses au sérieux (on peut observer des patrouilles). Il serait dommage de se priver de ce merveilleux mouillage !
Il est possible d’accomplir les formalités d’entrée ou de sortie à Soufriere (sans accent) ; mais ici c’est du formulaire manuscrit. Comme le vol d’annexe a longtemps troublé la quiétude des plaisanciers, le mieux est de laisser son annexe suspendue au portique et d’utilise un water-taxi (40 EC$ pour 3 personnes l’AR vers le bourg)
Beaucoup de noms français renvoient à une occupation française alternée entre 1660 et 1814 : Malgretoute, Terre blanche, Vieux-Fort, Choiseul, Fond doux, Ravineau, Coubaril, Anse l’Ivrogne… ; c’est souvent très imagé.
À l’extérieur de la ville, un très bel écrin abrite un parc botanique et une cascade (entrée 35 EC$ pour 2 personnes).
Martinique, sucrerie et rhumerie
Caraïbes
Cette année 2018, Mindelo passera l’été à la marina du Marin, un lieu assez bien protégé dans une grande ria parsemée de hauts-fonds située dans la mangrove, avec l’espoir qu’aucun gros cyclone (type Irma) ne viendra troubler son temps de récupération.
Dans l’attente du retour en France, nous avons visité deux habitations, qui sont devenues tout autre chose que ce qu’elles étaient dans un lointain passé : l’habitation Céron, située tout au nord de l’île, au pied de la montagne Pelée, à proximité du Prêcheur (village fréquenté par la famille de la future Mme de Maintenon vers 1636 alors qu’elle était en bas-âge), et l’habitation Clément dans la partie sud-est de l’île, près du François, où a eu lieu le sommet Mitterrand-Bush du 14 mars 1991.
Aux Caraïbes, une habitation est une exploitation agricole employant jadis des esclaves importés d’Afrique, généralement une sucrerie, une rhumerie ou une caférie.
De nos jours, l’habitation Céron s’est plutôt tournée vers l’agrotourisme, tandis que l’habitation Clément produit du rhum, un rhum célèbre dans le monde entier, et qu’une partie de son activité est dédiée à l’art contemporain.
Pour en savoir plus :
https://voyage-en-martinique.net/blog/habitation-ceron-martinique
https://www.fondation-clement.org/habitation-clement/
https://carnetdetipiment.com/2016/03/20/lhabitation-ceron-rencontre-avec-un-arbre-tricentenaire/
Guadeloupe, la côte sous le vent
Caraïbes
Ce qu’on appelle la côte sous le vent est le côté de l’île protégé du vent, c’est-à-dire la côte ouest. La configuration de la Guadeloupe en forme de papillon fait que toutes les autres côtes au nord, à l’est et au sud sont exposées à la houle d’alizé qui atteint couramment 4 ou 5 m en période hivernale.
La côte sous le vent commence à la pointe de Vieux Fort au SW et se termine à la pointe du Gros Cap 25 MN plus au nord. Elle appartient à Basse Terre, la partie montagneuse de l’île située à l’ouest, dont la capitale (fondée par les Français en 1630) est… Basse-Terre.
Le vent était malheureusement absent et le moteur a accompli le plus gros du travail jusqu’à Deshaies et retour. Plus ennuyeux : l’alizé ayant disparu, un petit vent d’ouest a surgi de nulle part, qui a rendu les mouillages sur cette côte moins agréables que d’habitude.
Des mouillages, il n’y a en a pas des tonnes en hiver : l’anse à la Barque est saturée et elle est étroite. Le cap Malendure, là où est censée avoir été aménagée une réserve maritime dédiée au Cdt Cousteau, regorge de bouées en tous genres et de toutes dimensions difficilement identifiables, si bien qu’on finit par ancrer plus loin par 15 ou 20 m de fond. Deshaies dispose d’une grande baie, mais les deux premières rangées de bateaux sont sur bouée et ceux qui arrivent ensuite ― faute de vent établi ― doivent mouiller long et les aires d’évitement sont difficiles à tenir.
Bref, il vaut mieux aller sur cette côte quand l’alizé est en forme.
Coluche a acheté une propriété à la Morne aux Fous, au-dessus de la baie de Deshaies, qui est devenue par la suite un merveilleux jardin botanique par la grâce de Michel Gaillard, un pépiniériste de talent. 15,90 € l’entrée, mais ça en vaut la peine. La villa occupée par l’humoriste, plusieurs fois incendiée, n’a rien d’historique et n’est d’ailleurs pas visitable.
Depuis février 2018, un bateau parcourt la baie et offre ses services aux plaisanciers (linge, eau, pain, légumes…).
Guadeloupe : l'îlet du Gosier
Caraïbes
Un bel endroit, idéal avant de rejoindre Marie-Galante, les Saintes ou la côte sous le vent, où nous avons passé pas mal de temps, car la « mud » (la vase) de Pointe-à-Pitre est franchement collante !
Le Gosier est situé sur la côte sud de la Grande-Terre qui va de Pointe-à-Pitre à la pointe des Châteaux, extrémité orientale de la Guadeloupe. Il n’est jamais agréable de longer cette côte où l’alizé et la houle qu’il génère arrivent de face ; mais le Gosier n’est pas très éloigné de Pointe-à-Pitre (3 MN). En revanche, continuer vers l’est et rejoindre Sainte-Anne (à 7 MN) ou Saint-François contre une forte houle est pénible et, lorsque la mer frappe les massifs de corail, la passe de Champagne (qui donne accès à la petite zone de mouillage de Sainte-Anne) ne donne pas envie d’y mettre la quille, d’autant qu’il n’y a qu’une seule bouée rouge qui en marque l’entrée.
La ville du Gosier est campée sur un coteau abrupt qui fait face à une petite île « l’îlet du Gosier » ; c’est avant tout une longue rue où sont établis les commerces, qui va d’un côté vers Pointe-à-Pitre, de l’autre vers Saint-François. Ce seraient les grands-gosiers (les pélicans) qui auraient donné son nom à la commune et qui ont encore leurs habitudes sur l’île.
Entre les plages et l’îlet le lagon ou la zone de mouillage, protégée par une ceinture corallienne sur laquelle viennent se jeter les vagues : belle eau turquoise, sable de bonne tenue, même par vent de 25 à 30 nds, profondeur de 3 à 6 m, houle supportable. Il y a couramment entre 30 et 50 bateaux à l’ancre. Un ponton rudimentaire, endommagé par le cyclone Maria, permet d’accéder à l’îlet et de pique-niquer sur des tables et des bancs installés à demeure, voire de goûter la volaille cuite par les tenanciers de la paillote. En revanche, lorsqu’il s’agit de débarquer sur une des plages du côté ville, on se fait parfois remplir l’annexe.
Attention aux nageurs qui nagent des plages vers l’îlet ou vice versa et ne se signalent pas toujours ! Attention aussi aux longues pendilles flottant entre deux eaux des barques de pêche mouillées devant les plages !
Une laverie se trouve dans la rue montante à droite des plages.
Pour rejoindre l’aéroport : bus direct devant le cimetière, ligne A1/A3, 45 mn, 1,20 € le ticket.
Martinique : Saint-Pierre et la montagne Pelée
Caraïbes
La baie de Saint-Pierre, située au NW de la Martinique, est vaste : une ouverture et un arc de cercle de 7 km. C’est cette partie du rivage martiniquais, plutôt bien protégée de l’alizé, qui a attiré les premiers conquérants ; en effet, le Carbet, où atterrirent le 15 juin 1502 Christophe Colomb et le Normand Belain d’Esnanbuc, se trouve au sud de cette grande baie. Mais elle ne pouvait être durablement défendue contre les assaillants ; alors on s’est replié 15 MN plus au sud sur la baie du futur Fort-de-France.
Le Carbet est aujourd’hui devenu une station balnéaire avec de longues plages et de petits restaurants.
La baie de Saint-Pierre devait être plus grande encore avant 1902, année du cataclysme, puisque la matière crachée par la Montagne Pelée a épaissi le rivage à certains endroits. La ville ― le petit Paris de la Martinique comme on l’appelait alors ― a été pratiquement rayée de la carte, 28 000 personnes ont péri, la plupart des bateaux en rade ont été coulés par des projectiles en fusion ; on a juste retrouvé un prisonnier qui avait survécu dans sa cellule, brûlé et enfumé, et un cordonnier protégé par ses murs. La veille de l’éruption, le gouverneur était encore en ville pour dire que ce qu’on entendait et voyait n’était rien, juste une manifestation de mauvaise humeur de la bête ensommeillée. C’était le 2nd tour des législatives et les scientifiques manquaient de recul pour évaluer la gravité de la situation.
Des murs demeurent du Saint-Pierre d’avant 1902, un peu partout dans la ville, témoins d’une gloire passée ; mais tout a (aurait) dû être reconstruit et, malgré un bord de mer aménagé, la ville, devenue une petite sous-préfecture de province de 4 000 habitants, laisse un goût d’inachevé. L’omniprésence du cataclysme est prégnante.
Le petit train qui retrace l’histoire de la ville et, en particulier, de la catastrophe n’est pas bon marché (15 €) et il est pris d’assaut par les passagers des bateaux de croisière venus de Fort-de-France, mais il paraît que ça en vaut la peine.
Pour en savoir davantage, c’est ici ou là.
En arrière-plan la montagne Pelée, entourée de mornes (de hautes collines) et de pitons, cache sa tête en permanence dans les nuages, comme pour occulter son éruption meurtrière. On n’est pas surpris comme à Fort-de-France par des averses tropicales en pleine saison sèche, mais il pleuviote parfois alors que le ciel est tout bleu…
La baie du Mouillage est finalement plutôt agréable ; ça bouge un peu, mais pas autant que nous l’avait annoncé le guide Patuelli. En revanche, il faut s’approcher de la ville pour pouvoir ancrer, car, à 150 m de l’embarcadère, il y a déjà 70 m de fond et à 1 MN 650 m. La montagne poursuit sa chute dans la mer. Attention à ne pas prendre son ancre dans les nombreuses épaves laissées par le volcan ! Le balisage est partiel et plus qu’incertain…
L’Alsace à Kay. Philippe MEHN, originaire d’Illkirch près de Strasbourg (où nous avons habité de longues années), assure déjà le service de douane (clear in, clear out) ; donc il est incontournable pour les voileux que nous sommes. Mais quand en plus, dans cette petite localité de Martinique, il propose des plats alsaciens mitonnés par un cuisinier haïtien (bäkeofe, choucroute royale, cervelas salat, wadele au munster, tartes flambées…) arrosés de riesling ou de pinot noir dans un très beau décor avec vue sur la rade, on ne peut qu’être charmé et conquis. Une adresse à noter absolument ― et pas seulement pour les Alsaciens ! Tél. : +596 696 77 68 67 ou +596 596 67 53 65.
Martinique : les Trois-Îlets
Caraïbes
Commune de 7 500 habitants, les Trois-Îlets couvre la majeure partie de la rive sud de la baie de Fort-de-France. Elle fait face au chef-lieu de l’île Fort-de-France, auquel elle est reliée par des navettes maritimes en 4 points : l’anse à l’Âne, l’anse Mitan, la pointe du Bout et le bourg lui-même.
Le problème n°1, comme dans tous les mouillages, c’est la houle. Le vent souffle généralement de l’ENE (60°), la houle suit, venant du fond de la baie ; et il faut ajouter les nombreux mouvements des bateaux qui génèrent pas mal de vagues.
L’anse Mitan est assez bien protégée de l’alizé par la pointe du Bout, une presqu’île orientée vers le nord où se trouve une petite marina entourée d’immeubles d’une autre époque. La petite marina elle-même est vieillotte et les bateaux épaves qui y sont laissés à l’abandon ne la rendent pas vraiment accueillante. Seul le village créole, un ensemble de commerces construits dans un style local revisité, redore le blason de ce quartier et anime les rues qui le traversent.
Personnalité martiniquaise célèbre originaire des Trois-Îlets : Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon, grand-mère de Napoléon III et aïeule par ses enfants issus d’un premier mariage de nombreux souverains et princes des cours européennes (Belgique, Danemark, Hollande, Luxembourg, Norvège, Suède, Russie, Portugal…).
La sucrerie familiale où elle a été élevée ne plaçait pas les Tascher de la Pagerie parmi les grands békés, mais elle couvrait tout de même 529 ha (moins que la Malmaison cependant !) et employait des centaines d’esclaves. Elle a été en partie réhabilitée et un petit musée retrace les étapes de son existence. Pensez, une martiniquaise impératrice de France ! Malgré tout, on ne l’aimait pas vraiment ici, parce qu’on la soupçonnait d’avoir incité Napoléon à rétablir l’esclavage supprimé en 1794 ; et sa statue a été décapitée.
Même galère ici que sur l’autre rive pour se déplacer d’ouest en est. Aucun bus ou taxico, des trottoirs étroits, des taxis introuvables et des bagnoles à foison ; ce qui nous a empêchés d’aller voir le bourg et le mouillage des Trois-îlets. Une autre fois sans doute…
On peut mouiller à proximité des îlets, mais il ne doit pas être facile de s’y abriter de la houle de nord-est, d’autant que les hauts-fonds sont nombreux.
N.B. Une voileuse (Nathalie Cathala sur l’Étoile de Mer) a fait un remarquable dossier sur la Martinique.
Martinique : Ste Anne et le Marin
Caraïbes
Le mouillage de Saint-Anne entre la pointe Dunkerque et la pointe du Marin est immense et assez bien protégé de la houle d’alizé ; beaucoup de bateaux s’y arrêtent ou y fuient l’agitation du Marin.
Du large, quand on aperçoit les centaines de mâts plantés devant le bourg de Sainte-Anne, on se demande si on va trouver une place où jeter son ancre. En arrivant sur place, on voit que chaque bateau occupe quasiment l’équivalent d’un terrain de football.
La bourgade a un marché aux fruits et aux légumes, dont des produits locaux de qualité, des commerces et des restaurants. La Dunette, avec son ponton à annexes et sa terrasse les pieds dans l’eau, permet de retrouver des mets et des plats qu’on avait un peu oubliés dans les îles moins riches ou conditionnées par les habitudes anglo-saxonnes, par ex. une côte de bœuf sauce au poivre avec un Côte du Rhône qui remplace avantageusement les mauvais vins californiens ou argentins, uniformes et sans saveur.
Pour admirer le point de vue, rien ne vaut une montée au calvaire, devenu « lieu de protection contre les tsunamis », …mais c’est raide !
Le Marin c’est (avec Chaguaramas sur l’île de Trinidad) la Mecque de la plaisance.
La marina est logée au fond d’une longue enclave maritime, protégée de tous les vents par les collines environnantes et la presqu’île des Boucaniers (le Club Med), où les cayes et les bancs de sable sont nombreux. Des milliers de bateaux s’y trouvent soit sur ponton, soit sur bouée, soit à l’ancre, le plus souvent dans une « mud » collante (la vase) : d’innombrables unités de charter, ces catas massifs qui uniformisent le paysage des Caraïbes, des voiliers encore pimpants qui viennent juste d’arriver de l’autre rive, d’autres dont les skippers ont élu domicile dans la baie et ne naviguent plus qu’en annexe pour aller boire leur ti-ponch, des voiliers de toutes nationalités profitant du site et des prix attractifs de la marina toujours bondée, des bateaux à demi coulés qui s’enfoncent dans la vase chaque jour un peu plus et dont seule la mâture émerge encore…
Le Marin, un ancien village de pêcheurs, n’a aucun cachet particulier ; il vit de et par la plaisance et sa vocation est utilitaire. Il agrège toute une industrie navale : marina en extension permanente, innombrables bouées de mouillage, chantier, artisans, brokers, shipchandlers, marineros, vendeurs d’eau, laveries, supermarchés, restaurants, boutiques en tous genres… Le mouvement s’est progressivement accéléré et tout s’est transformé très vite …trop vite. Il faut vite créer des places de port pour satisfaire les nouvelles demandes dans un lieu considéré comme sûr.
Pour les supermarchés, c’est soit Leader price du côté de Montgérald près de la zone technique (qui met un magnifique ponton à la disposition des plaisanciers), soit Carrefour market à 200 m du premier au centre commercial Annette, et pour les formalités douanières, ça se passe sans difficulté sur un ordinateur à la capitainerie (5 € le document imprimé).
Les cartes téléphoniques data sont chères (concurrence quasi inexistante !) : 19 € 1 Go chez Orange, 15 chez Digicel (contre 30 € les 4 à 6 Go à Grenade ou à St Vincent, par exemple). Digicel, présent dans toutes les Caraïbes, n’a pas réussi à fédérer son réseau ; les cartes Digicel des autres îles ne fonctionnent pas sur digicel.fr (!)
Prévoir des travaux sur un bateau exige ici du temps, beaucoup de temps et de patience ; les artisans, déjà peu disponibles en hiver, sont accaparés par les bateaux cyclonés à St Martin qui en ont réchappé et descendent au Marin pour une remise en forme. Il faut du temps pour les attraper et ils ne se déplacent que pour un travail qui en vaut la peine et rapporte un minimum. Alors, on reporte à plus tard ce qui n’est pas urgent et, pour le reste, on se débrouille soi-même.
Quant au livreur d’eau (06 96 97 90 15), il couvre une immense zone de mouillage jusqu’à l’anse Caritan et il faut aussi être patient ou faire le plein dès qu’on l’aperçoit.
Sainte-Lucie
Caraïbes
Dernier chapitre sur les îles au vent avant d’aborder les îles françaises : Sainte-Lucie (en anglais : Saint Lucia).
Nous sommes passés au large des deux Pitons et de la Soufrière (à la réputation… sulfureuse) pour rejoindre Marigot harbour, un port naturel dans la mangrove, et y passer la période du Nouvel an.
Cadre luxuriant et luxueux, paysage de carte postale ; resort (village de vacances) composé de bungalows de bois à étages et d’une magnifique piscine avec bar à l’extrémité – comme il se doit, dont les allées sont toutefois mieux entretenues que les toits ; trou à cyclone dans la mangrove (hurricane hole) pour les superyachts.
Les boat boys, habitués à percevoir pas mal d’argent, ont tendance à demander beaucoup.
Attention au chenal d’accès sur bâbord en entrant : les fonds remontent rapidement.
8 MN plus au nord, ignorant Castries, la capitale, où les bateaux de plaisance n’ont pas leur place, nous avons ensuite mouillé dans Rodney bay, une grande baie protégée de la houle d’alizé par une ancienne île devenue presqu’île « Pigeon island ». Un lagon abrite une marina très britiche, qui reçoit les participants de l’ARC (rallye transatlantique) chaque année.
Il y a assez régulièrement des vols d’annexes dans cette grande baie, le dernier en date perpétré par des gamins de 6 et 10 ans qui ont nagé jusqu’au bateau.
Autrement, on voit beaucoup de voiliers américains, canadiens, néerlandais ou suédois à l’ancre.
Du fait de la proximité de la Martinique (environ 20 MN), Anglais et Français se sont disputé l’île, qui a changé de main 14 fois jusqu’en 1814 ; puis l’indépendance au sein du Commonwealth en 1979. Comme partout ici, la Queen est Chef d’état et un Premier ministre gère la maison. On ressent malgré tout déjà l’influence française dans cette île plus favorisée que St Vincent, qui s’est ouverte au tourisme beaucoup plus rapidement, et où la misère est moins perceptible ― du moins, dans le nord de l’île.
D’une manière générale, Sainte-Lucie est une île où la vie est chère. Les prix prohibitifs des marinas, l’alimentation, les restaurants, les exigences des boat boys vont finir par lui coûter la clientèle de plaisanciers qui finiront par trouver que la Martinique est plus avantageuse.
Les Grenadines : Mayreau et Canouan
Caraïbes
Mayreau et Canouan sont les Grenadines qui viennent après, assez proches des Tobago cays (quelques milles), mais assez peu fréquentées, si ce n’est l’anse de Salt whistle où les charter-boats ont un arrêt obligé.
Nuit du 10 décembre passée sur l’île de Mayreau (270 habitants), une petite île que l’on parcourt du nord au sud en une demi-heure, mais les collines ont des pentes très ardues. Salt whistle bay est une anse étroite au NW de l’île. L’environnement est magnifique, il faut juste aimer la promiscuité et la « musique » bruyante, qui n’est pas franchement typique des Caraïbes. On entend aujourd’hui la même chose dans tous les pays du monde.
Ça doit être ça aussi la mondialisation !
C’est une famille française, les Saint Hilaire, qui, fuyant les guerres napoléoniennes, a acheté l’île et fait construire l’église catholique de Mayreau au début du XVIIIème siècle dans un environnement anglican et dans le contexte que toutes ces îles ont connu : l’esclavagisme.
En 1980, les héritiers des Saint-Hilaire ont fait don aux habitants d’environ 8 hectares de terres, une petite partie ce qu’ils possédaient. Mais il a fallu attendre jusqu’en 2002 pour que l’électricité soit distribuée à Mayreau.
Dans l’autre grande baie (Saline bay), en contrebas du village, il n’y a pas grand monde. Un petit supermarché et un café tenu par un artiste rasta, grand admirateur de Bob Marley, donnent un peu de vie.
Le soir, à Salt whistle bay, repas au « Last bar before Jungle » (la jungle étant l’épaisse forêt qui sépare l’anse du village) avec comme plat de résistance de la langouste, œuf course !
[Le 11 décembre 2017 à 11h30, Anaé Geffroy voyait le jour à Strasbourg. Félicitations aux heureux parents, Sabrina et Romuald ! À Mayreau, il était 6h30 et nous dormions encore avant d’appareiller pour l’île de Canouan]
L’île de Canouan, baie de Charlestown (ou Grand bay) : un mouillage paisible, aéré et agréable. La nuit, il arrive que les rafales de vent dévalent des collines, mais la tenue est bonne et il y a également des bouées (50 EC$/jour). Nous avons vu peu de monde durant ces 4 jours, si ce n’est un paquebot ancré au large qui débarquait ses passagers au Tamarind beach hotel et le fameux Ponant, un Trois-mats moderne de 88 m capturé et rançonné en 2008 par les pirates somaliens.
John, le « waterfront service provider » (appel sur le 16 ou +1 794 593 0875), s’occupe de livrer de l’eau aux voiliers. Environ 20 € pour 260 l d’eau, soit 1 EC$ le gallon ou 8 centimes d’euro le litre. Pas donné, mais il faut assurer la livraison à bord et nous trouvons qu’il est bon de soutenir les petits entrepreneurs locaux qui se donnent de la peine pour gagner de quoi manger et faire vivre leur île.
Même chose pour Ezra qui tient le CoCoNut Bar and grill sur la plage.
Les Grenadines : Union island et les Tobago cays
Caraïbes
Union island et les Tobago cays entament (quand on vient du sud) la série des Grenadines appartenant à St Vincent.
À Clifton harbour, à l’est de l’île de Union, on est tout de suite dans l’ambiance de SVG (Saint-Vincent-et-les-Grenadines), assez différente de celle de la Grenade. Un boat boy nous accueille immédiatement, nous mène à une bouée libre, nous conduit à l’immigration (fermée, pas de chance !), nous propose de l’eau et des services divers, un autre nous vend du thon, un autre du gâteau à la banane…
Les boat boys ont tout en magasin (enfin, dans leurs canots aux couleurs flash), à des prix toutefois très touristiques.
On joue le jeu, parce qu’ils sillonnent le lagon à longueur de journée pour gagner leur vie et qu’ils sont généralement sympathiques ; mais il faudra tout de même limiter ces dépenses exotiques pour ne pas faire exploser notre budget.
Ensuite, c’est le tour des Tobago Cays Marine Park Rangers, qui viennent encaisser le prix de la bouée (normalement 60 EC$, soit 19 € par jour, mais nous n’avons payé que 180 EC$ pour 4 jours passés à Clifton harbour).
Situés à quelques milles au large de Union island, les Tobago cays (rien à voir avec l’île de Tobago) sont des îlets inhabités au nombre de 5 qui offrent un cadre naturel magnifique à nos voiliers. Ils sont protégés par un reef (une barrière corallienne) en fer à cheval, d’où son nom « Horse shoe reef ». L’eau, peu profonde (et truffée de hauts-fonds et de patates de corail), est d’un vert clair limpide, propice à la baignade intensive, sauf que le vent a pas mal soufflé (20-25 nds) lors de notre séjour et qu’il a levé une houle désagréable dans le lagon.
Tarif : 10 EC$ (environ 3 €) par jour et par personne (comme à Clifton harbour, les rangers passent encaisser). Il y a peu de bouées, donc on mouille sur un fond de sable de bonne tenue. Les boat boys sont toujours là pour proposer langoustes, poisson, barbecue organisé sur la plage, etc. ; mais, comme Maurice sait s’occuper de ces bestiaux, nous les dégustons à bord, pour un prix moindre.
Et puis il y a les tortues qui viennent pas très loin du bateau. Pas facile de les photographier, mais on peut les apercevoir sous l’eau en nageant à proximité.
L'île de Grenade : les baies de la côte sud
Caraïbes
Terre montagneuse et verdoyante d’origine volcanique, l’île de Grenade est l’une des perles des Caraïbes, en particulier la côte méridionale composée d’anses déchiquetées théoriquement à l’abri des cyclones, qui pénètrent profondément à l’intérieur des terres, offrent une multiplicité de mouillages enchanteurs, mais, barrées de rochers, d’îlots et de hauts-fonds, ne sont pas toujours faciles d’accès.
Un magnifique paysage où des VIP anglais et américains ont implanté de somptueuses villas, sans trop le dénaturer.
Impossible d’explorer toute cette côte !
Prickly bay, l’anse aux épines (le village résidentiel se nomme d’ailleurs Lance-aux-Épines, une survivance de la conquête française), est une zone de mouillage bien connue de tous les navigateurs depuis belle lurette et c’est généralement là qu’on aborde la côte quand on vient du sud.
La baie est vaste et il y a beaucoup de voiliers venant de tous horizons. On y trouve à peu près tout le nécessaire, des marinas, des bouées de mouillage, des professionnels, une zone wifi, une pizzeria, une scène, un boucher français, enfin tout ce qu’il faut pour être heureux. La marina qui gère une bonne centaine de bouées profite de la situation pour encaisser 50 EC$ chaque jour (1 Eastern caribbean dollar = 0,32 €).
Température de l’eau 29° ; température de l’air 32°. Mais l’alizé de novembre vient tempérer la chaleur.
Mount Hartman bay, où se niche une petite marina, la « Secret harbour marina », et un luxueux restaurant appartenant à un Français, M. Georges COHEN, un entrepreneur dans le domaine de l’informatique, qui possède aussi l’île de Calivigny qu’il a entièrement aménagée pour ses proches et ses hôtes fortunés.
Pour ceux qui peuvent dépenser 30 000 $ la nuit, voici une idée ou une autre.
Au restaurant, pour 10 € on a 6 bières ― la preuve que M. COHEN n’est pas un mauvais homme…
Port Egmont est un trou à cyclones cerné par de splendides villas et maisons de maître, c’est-à-dire un endroit fermé par une chicane où le risque d’être laminé par un vent en furie est limité ; sauf qu’Ivan le Terrible a eu la mauvaise idée de passer par là en 2004, de tuer pas mal de gens, de couler des bateaux et de provoquer des dégâts importants.
La Marina du Phare bleu, où nous sommes allés à pied, est située à l’est de Calivigny island ; les eaux sont assez agitées par vent de SE.
Tobago, notre première Caraïbe
Caraïbes
Ici à Tobago, on ne peut se tromper, les couleurs sont vraiment les couleurs des Caraïbes telles qu’on les imagine dans les contrées grisailleuses : une mer d’un bleu éclatant, un ciel qui alterne le bleu clair avec le blanc ou le gris des nuages, un lagon aux eaux d’un vert clair transparent, des palmiers, des plages en arc de cercle, un sable jaune blanc…
En 1498, lors de sa 3ème expédition, Christophe Colomb passe au large de Tobago ; il nomme l’île Bella Forma, mais ne s’y arrête pas. Le nom de Tobago, donné par les Amérindiens, restera. Tobago signifiait pipe (la forme de l’île ?) et non tabac, comme l’ont cru les Espagnols. Durant les siècles qui ont suivi, l’île a changé 31 fois de main : un jour hollandaise, le lendemain française, courlandaise, anglaise…
Daniel Defoe a situé l’île de Robinson Crusoé du côté de Tobago et il est probable que Stevenson a écrit l’Île au Trésor, la première vraie histoire de pirates pour les jeunes lecteurs, en pensant à Tobago.
En 1962, l’île de Tabago constitue un état nation anglophone en se mariant avec l’île voisine de Trinidad, beaucoup plus grande et proche du Venezuela.
Seulement 40 km sur 12, mais un relief époustouflant dû à une chaîne montagneuse d’origine volcanique recouverte d’une forêt vierge qui occupe la plus grande partie de l’île. Les versants des vallées qui strient l’île ont des abrupts saisissants. Il n’est pas extraordinaire d’avoir des déclivités de 20 ou 25 %, aussi bien du côté mer qu’à l’intérieur de l’île. On se demande toujours si la voiture va monter ou redescendre vers l’abrupt en marche arrière.
Les baies de la côte occidentale seraient des mouillages praticables si l’île n’était orientée dans l’axe des alizés ; toutefois, ils sont en général utilisables au printemps, quand le vent perd de sa force et souffle d’est.
La zone de mouillage de Store bay, où nous avons passé près d’un mois, se trouve au sud-ouest de l’île, entre Pigeon point et Crown point (cf. carte) ; elle est protégée en partie par le Buccoo reef, un vaste récif corallien devenu une zone de loisirs nautiques, où les vagues viennent briser, mais il y a parfois de la houle.
L’aéroport situé sur Crown point n’est pas particulièrement gênant, car Store bay n’est pas sous son vent. Attention en mouillant au câble de 33 000 volts qui relie Trinidad à Tobago ! Des panneaux indiquent son axe.
Autrement : Laundry derrière le resort Coco reef, d’où ressort un linge impeccable, pizzeria La Cantina aux bonnes salades et pizzas (c’est un italien de Como qui cuisine) juste à côté, le Coco reef lui-même est cher et bon, sans plus ; voir éventuellement son annexe qui donne sur la rue derrière la plage.
Une rencontre sympathique (parmi d’autres) : Patricia et Ernest, citoyens helvétiques originaires du canton de Vaud, qui voyagent depuis 8 ans sur leur trawler de 12 m en alu Maranatha qu’ils ont construit eux-mêmes, non seulement sur les canaux, mais aussi sur l’océan.
Le check in doit être fait à Scarborough, sur la rive orientale (il y a un bus), en passant du contrôle de police à la douane. En arrivant à la douane, j’avais les documents tamponnés par la police, les leur ai remis, mais la douanière les a égarés dans son indescriptible fouillis. J’ai failli être pris pour un trafiquant, car on a jamais retrouvé les documents en question. Heureusement, un Allemand qui faisait son clear out s’est porté témoin de la remise effective des papiers et la douanière fautive n’a pas insisté.
Nous repasserons fin avril par Tobago, puisque notre vol Condor vers Francfort décolle de Crown point, l’aéroport local.
La marina de Waterland
Suriname
Un peu plus haut sur le fleuve en pleine forêt amazonienne la marina de Waterland. Il fallait en effet recharger les batteries du bateau et remplir nos réservoirs d’eau.
Noel (qui vient de partir vers Grenade avec un ami pour une première navigation au long cours) a établi ici son resort : parc arboré et fleuri, bungalows, marina sur pontons avec eau, électricité et wifi (poussive), restaurant… Il a le sens de l’organisation et a su créer une ambiance amicale. Le cadre est magnifique et le parc soigné avec amour et professionnalisme. La petite marina a de l’intérêt, car, en dehors de Dégrad des Cannes (qui disparaîtra peut-être), c’est la seule vraie marina entre le Brésil et les Antilles. Tarif européen : environ 20 €/jour.
Le dimanche, c’est le lunch dansant avec des mets choisis. Beaucoup accourent de Domburg et de Paramaribo.
La sérénité de l’endroit nous a incités à y demeurer plus longtemps que prévu avant de rejoindre les Antilles.
Revenons au Suriname, dont nous avons commencé à expliquer les difficultés actuelles dans notre précédent article (cf. Domburg et Paramaribo).
L’épisode du nègre de Surinam(e), cet extrait de Candide que tout lycéen a lu, vient immédiatement à l’esprit (avec le recul qui convient) :
En approchant de la ville [de Surinam], ils [Candide et son ami Cacambo] rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? ― J’attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. ― Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi ? ― Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : « Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. « Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.
Le trafic de cocaïne, où le Suriname sert depuis toujours de trait d’union entre les producteurs sud-américains et l’Europe, a remplacé aujourd’hui le trafic d’esclaves. Le président actuel Desi Bouterse a été personnellement impliqué dans ce commerce et les Pays-Bas l’ont condamné à 11 années de prison, sans compter l’accusation qui pèse sur lui d’avoir participé au massacre des Noirs marrons en 1982…
Le pays semble avancer, malgré les difficultés économiques et la corruption, grâce aux Hollandais et aux Chinois, qui investissent. Il pourrait presque quitter son statut de république bananière ; mais la clique présidentielle, agrippée aux leviers du pouvoir, reste un frein. Toutefois, on vit en sécurité, y compris dans la capitale.
Pour les férus d’histoire contemporaine, ce dossier réalisé par RFI.
Domburg et Paramaribo
Suriname
Le fleuve Suriname a donné son nom à l’ancienne Guyane hollandaise devenue indépendante en 1975. Même mélange d’ethnies et de populations qu’en Guyane française, avec une majorité d’Hindoustanis, qu’on a fait venir après l’abolition de l’esclavage. Les Hollandais sont encore bien présents ; ils possèdent les belles villas donnant sur le fleuve.
À côté de la langue écrite (le néerlandais), on parle hindi, sranantongo (créole à base d’anglais), chinois…, mais l’anglais est compris. Les temples luthériens côtoient les mosquées, les églises, les temples hindis ; la coexistence religieuse semble aller de soi.
Une fois achetées les cartes touristiques en Guyane (32 € par entrant), il ne reste plus qu’à se rendre à Paramaribo, à la MAS (la marine) et à la MP (la police militaire) pour les formalités. Il y a une liasse imposante de paperasses à renseigner (comme pour un cargo !), mais on remplit ce qu’on peut et, sur place, tout se passe au mieux.
Huib (Hubert), un hollandais qui a beaucoup voyagé, s’est établi à Domburg où il a monté son « resort » (espace vacances) : marina sur bouées, petit restaurant, piscine, douches, WC, machine à laver, couverture wifi, bientôt des appartements… Le gouvernement a décidé la réfection de la rive gauche du fleuve pour valoriser Domburg ; le chantier, longtemps arrêté faute d’argent, vient juste de reprendre (faut dire que le Président est de Domburg).
Domburg est à 20 km de Paramaribo, la capitale située en aval du fleuve, et, pour 10/12 € (contre 56 € à St Laurent), on loue une voiture (conduite à gauche, les Anglais sont passés par là) ou, pour moins de 20 €, on affrète un taxi. Les bus ne sont pas très nombreux à venir jusqu’ici, mais le ticket coûte 1,65 SRD (dollar surinamien) pour un trajet, soit environ 20 centimes d’euro par personne.
Le Suriname, frappé par la récession en 2015, est sous la férule du FMI, sa monnaie a été considérablement dévaluée et, malgré ses forêts, son agriculture fruitière, ses mines d’or et de bauxite, l’économie stagne. Pas de réelle sécurité sociale ou de caisse de retraite. Le travail se paie 1 € de l’heure quand il est payé 10 € en Guyane française. Énorme différence pour les entrepreneurs étrangers… Les enseignants, qui gagnaient 550 € par mois il y a un an, ont vu leur salaire s’effondrer à 300 €, soit 10 à 12 fois moins que leurs voisins guyanais expatriés.
Pourtant, dans ces circonstances difficiles, le pays présente un visage souriant et, malgré les manifestations de rue et une sourde colère contre la corruption qui gangrène le pays, les Surinamiens semblent prendre leur situation avec philosophie… pour le moment.
Bizarrement, on ne rencontre pratiquement aucun Français ni aucun Anglais ou Allemand au Suriname. La hâte d’arriver au plus tôt aux Caraïbes passe avant toute chose. Dommage pour eux…
À présent, cap sur Waterland, une marina située dans la forêt amazonienne à 7 MN en amont de Domburg.
Cayenne et Dégrad des Cannes
Guyane
Notre première escale en Guyane ― après une traversée houleuse et ventée du fameux Pot-au-Noir ― fut Cayenne, la préfecture du département située sur le fleuve Mahury au sud de la Guyane. À vrai dire, pas vraiment Cayenne, puisque la marina se trouve à Dégrad des Cannes, à 15 km en amont du fleuve Mahory ; mais, comme elle est toujours occupée par des plaisanciers qui vivent pour beaucoup à bord, nous avons jeté l’ancre à quelques encâblures. Par la suite, nous nous sommes mis à couple du bateau des Phares et balises, qui ne sortait pas cette semaine-là.
À Dégrad, les plaisanciers se connaissent bien et vivent ici pour un prix défiant toute concurrence (environ 5 €/jr pour un 12 m sur une période de 6 mois). À notre arrivée, nous avons été reçus chaleureusement dans une ambiance de fête sur un voilier qui quittait la marina ; mais bon, c’était le Nouvel an… Le reste du temps, dans ce coin d’exil, l’ambiance est plutôt morne.
Le responsable de la marina, un ancien de la Royale très sympathique, a été nommé depuis peu par le Grand port de Guyane pour gérer l’incurie qui régnait jusqu’alors. Progrès saisissant : auparavant 20 % des plaisanciers passaient à la caisse ; aujourd’hui 80 %.
Malheureusement, ce temps heureux aura bientôt une fin. Le Grand port de Guyane veut récupérer la zone où est installée la marina dès juin 2017 et la maire de Cayenne a proposé de créer un champ de bouées à Cayenne (en attendant mieux) pour accueillir les expulsés. Oui mais l’eau ? l’électricité ? Et puis l’envasement récurrent et inéluctable des abords de la ville ? Selon elle, les Hollandais savent créer et gérer des polders et ça devrait pouvoir se faire ; sauf que l’immense delta de l’Amazone n’est pas la mer du Nord ! Affaire à suivre…
Cayenne ? Située sur une presqu’île bordée par deux fleuves, c’est une petite préfecture départementale, comme on en rencontre beaucoup en métropole, assoupie et sans grand caractère malgré son architecture de mélange et ses rues commerçantes. Les couleurs chatoyantes du Brésil se sont évanouies sans crier gare. Le Fort de Montabo offre une très belle vue sur le large et les îlets, l’immense place des Palmistes autour de laquelle sont regroupés les grands bâtiments administratifs un espace de sérénité, le musée départemental un aperçu de l’histoire et de la biodiversité guyanaises, la route des plages de très belles perspectives sur le fleuve Mahury.
Comme partout ailleurs, au-delà de la ville, c’est la forêt amazonienne.
À Dégrad, il y a aussi un remorqueur hollandais, qui est là pour libérer le chenal du fleuve si d’aventure un cargo manquait sa manœuvre ou tombait en panne de machine ; il y a en effet beaucoup de courant et, quoique la drague travaille quasiment en permanence, on peut facilement s’échouer. L’équipage est dans l’attente d’une situation de cette nature, un peu comme, dans le roman de Buzzati « Le Désert des Tartares », le lieutenant Drogo attend les Tartares… Il est vrai que toute l’activité économique de la Guyane passe par le fleuve Mahury et Dégrad des Cannes, y compris le carburant des fusées, et qu’un blocage du chenal d’accès engendrerait des pertes considérables.
Grâce à la gentillesse de Jean-Paul, le capitaine breton, et de Franz, le capitaine hollandais, nous avons pu visiter le remorqueur Arashi (28 m sur 10 de largeur), quasiment neuf. La salle des machines, c’est autre chose que chez nous avec les 2 énormes moteurs Caterpillar, une motopompe à eau ultrapuissante pour éteindre les incendies et des hélices azimutales, capables de propulser le bateau sans perte d’énergie dans toutes les directions, le tout informatisé à l’extrême.
Petits travaux sur Mindelo pour finir : Resouder un tube du portique qui n’a pas supporté l’emballement de l’éolienne lors de la traversée du Pot-au-Noir ; Francis, un Meusien atterri en Guyane qui rêve d’aller au Costa Rica, s’en est chargé, pendant que Bubu retaillait notre toile de récupération d’eau pluviale pas vraiment au top, alors qu’en zone équatoriale les averses sont légion.
Salvador de Bahia, le centre historique
Brésil
Située en plein centre historique dans un bel immeuble rénové du XVIIIème siècle classé monument historique, la Pousada des Arts, où nous sommes descendus, éclate d’une multitude de couleurs vives et gaies, qui vous mettent immédiatement dans l’ambiance bahianaise, vous donnent plein d’énergie, éveillant la bonne humeur et la joie de vivre.
On adore la déco, les tableaux, les lampes, les rideaux, les tapis, réalisés par des artistes locaux, qui s’harmonisent parfaitement avec les murs jaunes, les boiseries et les pots de fleurs rouges et les sols au vieux carrelage ocre et brun. La chambre est cosy avec ses abat-jours peints, son lit en baldaquin, la terrasse individuelle qui surplombe la baie de Tous les Saints et invite au repos dans des fauteuils en rotin ou à paresser dans le hamac après une longue marche.
Le petit-déjeuner pantagruélique nous est servi sur la terrasse au rez-de-jardin ― jardin en dévaloir vers la ville basse. Pour être jardinier ici, il faut être acrobate ! Un jus de fruits frais nous ouvre l’appétit, les jus varient selon les jours, nous avons goûté des jus de mangue, de goyave, d’ananas, d’orange, d’acérola (cerise bio), tous meilleurs les uns que les autres. Ajoutons deux longues tables remplies de gâteaux de toutes sortes, au chocolat, à la noix de coco, de crêpes, de pancakes, de mets salés, de yoghourts, de céréales et de fruits. Un rêve. On est calés pour la journée.
Le centre historique de Salvador da Bahia ou cidade alta (= ville haute) est somptueux. C’est un musée à ciel ouvert sur une composition colorée inédite et des musiques afro-brésiliennes surprenantes.
La mission civilisatrice des Portugais au nom de la Ste Église romaine passait par la construction d’innombrables édifices religieux, dont les plus marquants sont la cathédrale basilique (la Sé), un modèle d’architecture jésuite, et l’église-couvent de São Francisco, l’une des plus riches du Brésil (sa décoration a absorbé une tonne d’or !).
Le Largo do Pelourinho, une vaste place escarpée et pavée où se trouve l’église à reflets bleu pervenche Nossa Senhora do Rosário dos Pretos (= Noirs), dérive de pilori ; c’est là qu’on exécutait les condamnations prononcées à l’encontre des esclaves insoumis. L’église, construite par les esclaves durant leur temps libre, nécessita un siècle de travail et les messes qui y sont données mêlent rites africains et religion occidentale.



























































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































