Tag :Minas Gerais

16. BH, le parc municipal

Belo Horizonte, un passage obligé

Belo Horizonte, un passage obligé

Brésil

Après l’ancienne capitale de l’état des Minas Gerais, Ouro Preto, difficile d’accès, cap obligé vers la nouvelle, Belo Horizonte. Pas vraiment enthousiastes, mais la route pour atteindre Salvador da Bahia passe par là.

C’est à Belo Horizonte qu’Oscar Niemeyer*, le célèbre architecte urbaniste brésilien décédé à Rio il y a seulement quelques années (2012) a fait ses premières armes dans les années 30-40, dans l’esprit de la maxime du drapeau brésilien « Ordem et Progresso », avant de concevoir ex nihilo la future capitale du Brésil Brasilia.

*Notre famille ayant des racines havraises, notons que c’est aussi lui qui a planté place Gambetta les deux tours inégales rondes et blanches de la Maison de la culture, au grand dam des habitants de l’époque – dont mes parents – habitués aux formes grises et anguleuses.

Le voyage d’Ouro Preto à Belo Horizonte, appelée “Beagá”, BH (prononcez “bay-ah-ga”) par ses habitants, s’est fait finalement en voiture particulière. Certains habitants d’Ouro Preto débauchent les passagers des bus et font office de taxis pour gagner leur vie. Notre chauffeur était d’origine italienne, comme beaucoup de Brésiliens de la région.

Nous étions logés dans l’hypercentre et l’hôtel de 22 étages, terriblement impersonnel et froid avec du marbre partout, nous a aussi peu séduits que la ville, quadrillée de larges avenues et constellée d’immeubles élancés.

Une pluie diluvienne n’a rien arrangé.

Comme dans toutes les très grandes villes brésiliennes, une foule immense se déplace dans tous les sens, ça grouille de monde dans ces rues cosmopolites et animées, c’est très très bruyant, on parle très fort, on crie, on gesticule, on klaxonne, on roule vite, on ignore les piétons, on est submergé de flots de musique dont les décibels vous creusent les oreilles, on est saoulés par l’ambiance trépidante…

Ouf, une église ! São José. Elle est en partie refaite, les couleurs sont réussies, l’intérieur est chaleureux et reposant. Pas d’opulence, mais de belles peintures et une atmosphère de paix. Nous aimons ce lieu et assistons à l’office du dimanche. L’église est pleine, il n’y a plus une seule place, les gens restent debout jusque dans l’entrée. La ferveur religieuse est une caractéristique du Brésil. Les chants sont magnifiques, connus des fidèles et interprétés avec vigueur et entrain sur un accompagnement de guitare. Rien à voir avec nos messes de village désertées, où les mêmes cantiques tristounets sont mis à toutes les sauces. Pourquoi ces hommages à Dieu sont-ils ici si vibrants et si vrais ?

Autre poumon de la ville, un poumon vert cette fois : le parc municipal, où il fait bon se promener (voir photos).

Et puis le nouveau stade de foot ! Il faut savoir que Belo Horizonte est l’une des capitales du Futebal brésilien. On est forcément fan de foot ici et les chauffeurs de taxi nous ont demandé si on savait. Mais ouiiii ! On était au courant du match de qualification Brésil-Argentine pour le Mondial de 2018 à Moscou, où l’équipe de Naymar a enfoncé celle de Messi 3 à 0. Les Brésiliens n’étaient pas rassurés avant le match, car ils sont superstitieux et c’est là, à Belo Horizonte, qu’ils se sont ramassé la plus belle raclée de leur existence lors de la Coupe du monde de 2014 (1 à 7 contre l’Allemagne).

Comprendre trois mots de portugais, même pour parler foot, ça fait tout simplement plaisir !

La suite ? Salvador de Bahia >>> 1350 km et 23 heures d’ônibus…

19. Nossa Senhora do Pilar

Ouro Preto, un joyau dans la montagne

Ouro Preto, un joyau dans la montagne

Brésil

Après 8 heures de bus en direction du nord-ouest, nous voici transportés dans un autre siècle, charmés par Ouro Preto, cité coloniale aux rues pavées et pentues, sur lesquelles notre taxi s’élance hardiment en cahotant tellement qu’on se demande s’il ne va pas se disloquer dans l’instant.

Notre arrivée à l’hôtel semble cependant compromise. Tous les chemins qui y mènent sont barrés. Le chauffeur part à pied pour se renseigner, en revenant, il nous informe qu’il faut aller ailleurs. Pardon ??? On se demande dans quel traquenard on est tombés. Pas question de se laisser embobiner !!! Nous avons déjà réservé et payé depuis deux mois, nous voulons aller à l’hôtel do Teatro. Tout ça dans un portugais d’enfer. Le chauffeur se résigne. En empruntant une ruelle étroite et sinueuse, nous voyons qu’il faut attendre, il y a un attroupement, plein de gens silencieux, très silencieux. Un enterrement ? Soudain on nous invite à avancer fissa avec nos bagages. Après quelques pas, surprise : nous sommes tombés en plein tournage. Waouh, arrivée remarquée, applaudie, les spectateurs et les musiciens en profitent pour respirer, tousser, remuer avant la nouvelle séance d’enregistrement.

De notre chambre, nous embrassons un paysage vallonné, verdoyant, ponctué d’églises blanches et jaunes et, accompagnant ce panorama, une musique typique de la région s’élève alors que la foule retient son souffle.

Visiter Ouro Preto signifie être en bonne forme physique et avoir de bonnes jambes. Les ruelles très escarpées aux pavés inégaux musclent les cuisses, il faut être attentif aux voitures et aux bus qui prennent leur élan pour monter les côtes, laissant échapper des nuages de gaz asphyxiants à tomber à la renverse, mais rien ne nous décourage : les merveilles d’Ouro Preto en valent bien la peine et on grimpe facilement les côtes tous les deux.

Un peu d’histoire.

Ouro Preto signifie « or noir » en portugais. La légende raconte qu’un serviteur voulant se désaltérer dans une rivière aperçut des grains de métal noir. C’étaient des pépites d’or dans leur gangue de graphite noir. Ces gisements s’avérèrent les plus importants du Nouveau Monde ; c’est ainsi qu’Ouro Preto se trouva au cœur de la ruée vers l’or.

En 1711, la première ville, Vila Rica de Ouro Preto fut fondée et devint la capitale prospère de la région du Minas Gerais (« Mines communes », c’est-à-dire des mines dépendant de la Couronne portugaise), aujourd’hui l’un des états fédérés du Brésil plus grand que la France. L’or permit à la ville de se payer des artistes qui firent de la ville un joyau architectural magnifiquement conservé.

Une vingtaine d’églises baroques ponctuent le paysage. Notre hôtel se situe juste en face de l’Igrega (= église) Nossa Senhora do Carmo, qui doit sa façade à l’Aleijadinho, « Le Petit Estropié », sculpteur emblématique du Brésil qui, ayant perdu l’usage de ses membres, continua inlassablement son travail, marteau et ciseau ficelés à la paume des mains.

Nous évoquerons aussi l’Igrega Nossa Senhora do Pilar pour sa richesse et ses œuvres d’art : 434 kilos d’or et d’argent. Seule l’église São Francisco à Salvador da Bahia peut la concurrencer pour son opulence.

Au milieu du XVIIIème siècle, Ouro Preto comptait 110 000 habitants (parmi lesquels beaucoup d’esclaves), New York 50 000 et Rio de Janeiro 20 000. C’est dire l’importance de la cité ― classée aujourd’hui au patrimoine de l’UNESCO.

Dans le cadre des déportations massives de tribus africaines vers le Brésil, la légende de Chico Rei mérite d’être connue, en particulier des jeunes.

Lorsque les sites produisirent moins d’or et que les taxes versées à la Couronne portugaise devinrent insupportables, des Mineiros, sous l’influence de la Révolution française, se soulevèrent et créèrent un mouvement de contestation l’« Inconfidencia mineira ». La rébellion fut étouffée, les meneurs mis au cachot et l’un d’eux, Tiradentes (l’arracheur de dents pour ses talents de dentiste) fut exécuté à Rio de Janeiro, sa tête exhibée dans Ouro Preto, sa maison détruite et le sol recouvert de sel pour que rien n’y repousse.

Le 21 avril, jour de son exécution, est devenu la fête nationale brésilienne.

Mais il reste de cette époque toutes ces « Repúblicas », des échopes, des restaurants, des lieux-dits, la plus révélatrice étant « La República dos Sonhos » (la République des Rêves).