Green
Green
Paul VERLAINE
Romances sans Paroles, 1874
La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !
– Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !
Green
Here are the fruits, the flowers, the leaves, the wands,
Here my heart that beats only for your sighs.
Shatter them not with your snow-white hands,
Let my poor gifts be pleasing to your eyes.
I come to you, still covered with dew, you see,
Dew that the dawn wind froze here on my face.
Let my weariness lie down at your feet,
And dream of the dear moments that shed grace.
Let my head loll here on your young breast
Still ringing with your last kisses blessed,
Allow this departure of the great tempest,
And let me sleep now, a little, while you rest.
Translated by Anthony S. KLINE
Source : http://www.poetryintranslation.com
Grün
Hier sind Früchte, Blumen, Blätter und Zweige,
und dann ist hier mein Herz, das nur für dich schlägt.
Zerreiße es nicht mit deinen beiden weißen Händen,
möge die bescheidene Gabe auch deinen schönen Augen gefallen.
Ich komme, über und über mit Tau bedeckt,
den der Wind auf meiner Stirn gefrieren lässt.
Erdulde, dass meine Erschöpfung zu deinen Füßen ruhend
von den teuren Augenblicken träumt, die sie erquicken werden.
Auf deiner jungen Brust lass meinen Kopf ruhen,
der noch nachhallt von deinen letzten Küssen,
lass ihn Frieden finden nach diesem schönen Sturm,
und lass mich ein wenig schlafen, da du innehältst.
Von einem unbenannten Übersetzer
Quellenhinweis : http://www.koelner-philharmonie.de
