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Les Îles du Salut, entre enfer et paradis

Trois îles de sinistre réputation se trouvent au large de la Guyane, à 15 km de Kourou : l’île Royale, l’île St Joseph et l’île du Diable. C’était là le bagne offert par l’État français aux condamnés sous la IIIème République.

En réalité, c’est d’abord la Ière République qui y envoya les prêtres réfractaires, puis Napoléon III qui y hébergea ses opposants politiques. Les bagnes de Guyane étaient parmi les plus durs au monde et, compte tenu de l’insalubrité et des mauvais traitements, l’espérance de vie des forçats dépassait rarement 5 années.

Les bagnards les plus célèbres : Alfred Dreyfus, l’officier juif accusé à tort d’avoir espionné pour le compte de l’Allemagne, affaire qui a divisé la France en deux camps pratiquement jusqu’à la 1ère guerre mondiale, bien après la réhabilitation de Dreyfus ; Guillaume Seznec, accusé du meurtre de son ami sur la foi d’indices peu convaincants et toujours pas réhabilité (voir le téléfilm d’Yves Boisset tourné en 1993) ; le peintre Francis Lagrange, dit Flag, un faussaire qui a réalisé les tableaux exposés dans l’église sur la vie au bagne ; Henri Charrière, dit Papillon, qui en a raconté bien plus qu’il n’en a fait, mais dont le livre est devenu un bestseller en 1969 et une superproduction américaine avec Steve McQueen dans le rôle principal ; sans oublier les 70 000 autres, hommes, femmes, condamnés de droit commun, délinquants récidivistes…, qu’on expédiait outre-mer ― à l’instar des convicts anglais embarqués pour l’Australie ― à la fois pour les éloigner de la métropole et pour occuper un territoire laissé à l’abandon.

Des efforts importants ont été réalisés par le Centre national d’études spatiales, propriétaire des îles depuis 1971, le Conservatoire du Littoral, la Direction régionale des affaires culturelles et la Défense nationale pour transformer cette nature ébouriffée en lieu d’histoire : rénovation des bâtiments, aménagement des sentiers, entretien d’une forêt luxuriante…

On peut toutefois regretter une information insuffisante. Certes il y a des panneaux d’information exposés dans la maison du directeur du bagne (dans l’île Royale), mais de nombreux lieux ne disposent pas de plaques d’identification associées à des explications. Les seuls panneaux, multipliés à l’excès, sont : Respectez l’environnement ! Il est vrai qu’en Guyane…

Il y a donc des efforts à faire pour continuer le travail entrepris et historiciser réellement ce domaine…

Autrement, c’est un paysage merveilleux, où nous sommes restés ― pratiquement seuls au mouillage ― cinq jours. Le seul inconvénient est la vase gluante qu’on remonte par paquets avec la chaîne d’ancre et dont il faut ensuite nettoyer la bâille de mouillage.

Le restaurant de l’île Royale offre une très belle vue sur l’île du Diable, la cuisine est convenable, mais le service souffre d’une rigidité austère et d’un manque d’aménité peu compatibles avec le commerce. Alors, nous sommes allés rendre visite à Bogdan, le légionnaire polonais qui entretient à lui seul l’île St Joseph et s’est réjoui d’avoir un peu de compagnie. De sa terrasse en hauteur, on a un point de vue remarquable sur l’île Royale. En revanche, par forte houle, l’accès est compliqué.

La houle, justement, nous a contraints à quitter le mouillage et nous n’avons pas revu notre légionnaire.

L’île du Diable n’est pas accessible à cause du courant entre les îles (ou bien, peut-être, parce qu’on chaparde beaucoup des objets historiques sur ces îles). On peut apercevoir, au sud de l’île, la case de Dreyfus, recouverte récemment, et s’imaginer l’état d’esprit du prisonnier lorsque ses 14 gardiens se relayaient auprès de lui, qu’il était aux fers par une température équatoriale, qu’on pointait un pistolet sur sa tempe parce qu’un bateau suspect s’approchait…

Autre temps : le cinétélescope K400 de l’île Royale est le moyen dont dispose le CNES pour suivre le vol des fusées. Les îles sont d’ailleurs interdites à chaque lancement.

1 commentaire

  •    Répondre

    Chers Patrice et Michele,
    Intéressante page d’histoire que cette présentation des îles du Salut ! Merci beaucoup. C’est super de pouvoir suivre ainsi vos découvertes successives et vos différentes rencontres.
    Et quelle nature verte et luxuriante !
    À bientôt pour la suite de votre aventure . Bisous affectueux,
    Martine

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